Le cobalt congolais : un minerai devenu indispensable
Le cobalt est aujourd'hui l'un des minerais les plus convoités au monde. La raison est simple : il est au cœur des batteries lithium-ion qui alimentent les véhicules électriques de Tesla, BYD, Volkswagen et de la quasi-totalité de l'industrie automobile mondiale en transition vers l'électrique.
La République démocratique du Congo occupe une place absolument centrale dans cette chaîne mondiale : elle produit à elle seule plus de 70 % du cobalt mondial, ce qui en fait un acteur géostratégique incontournable dans la course mondiale à la transition énergétique.
Où se trouve le cobalt en RDC ?
L'essentiel de la production congolaise de cobalt se concentre dans deux provinces du sud du pays :
- Le Lualaba – avec des mines géantes comme Tenke Fungurume (CMOC) et Mutanda (Glencore) ;
- Le Haut-Katanga – autour des villes de Kolwezi, Likasi et Lubumbashi.
La ville de Kolwezi est souvent surnommée la "capitale mondiale du cobalt" tant la concentration de mines industrielles y est exceptionnelle.
Exploitation industrielle et artisanale
La production congolaise de cobalt se divise en deux filières très différentes :
L'exploitation industrielle
Elle est dominée par de grandes multinationales :
- Glencore (Suisse) – l'un des plus grands producteurs mondiaux ;
- CMOC (Chine) – en forte croissance depuis 2016 ;
- Ivanhoe Mines (Canada) – mine Kamoa-Kakula ;
- ERG (Eurasian Resources Group).
L'exploitation artisanale (ASM)
Elle implique des centaines de milliers de creuseurs artisanaux qui travaillent à la main dans des conditions souvent dangereuses, sans équipements de protection. Des ONG comme Amnesty International ont documenté la présence de travail des enfants dans certaines zones, attirant l'attention mondiale sur les conditions d'approvisionnement des grandes marques technologiques.
Le rôle dominant de la Chine
La Chine occupe une position hégémonique dans la filière cobalt congolaise :
- Elle contrôle plusieurs des plus grandes mines du pays ;
- Elle traite plus de 80 % du cobalt mondial dans ses raffineries ;
- Des entreprises comme Huayou Cobalt, CATL, CMOC et GEM ont massivement investi en RDC.
Cette domination fait du cobalt congolais un levier de puissance majeur pour Pékin dans la course mondiale aux technologies vertes.
Les États-Unis et l'Union européenne à la contre-attaque
Face à la domination chinoise, les États-Unis et l'Union européenne cherchent à sécuriser leur approvisionnement :
- Négociations d'un accord minéral direct avec la RDC (2024-2026) ;
- Financement de projets alternatifs via la DFC américaine ;
- Le Critical Raw Materials Act européen identifie le cobalt comme minerai critique prioritaire.
Enjeux humains et environnementaux
L'extraction du cobalt soulève de graves préoccupations :
- Travail des enfants dans les mines artisanales ;
- Pollution des sols et des eaux souterraines ;
- Déplacements de communautés ;
- Accidents mortels dans les mines artisanales.
Des initiatives comme la Responsible Cobalt Initiative et les normes OCDE tentent d'améliorer les pratiques, mais les progrès restent lents.
Réforme et souveraineté : la RDC reprend la main
Depuis la réforme du code minier de 2018, le cobalt est officiellement classé substance stratégique, soumise à une redevance spéciale de 10 %. Félix Tshisekedi a également multiplié les discours sur la nécessité de transformer le cobalt localement plutôt que de l'exporter brut, pour capter davantage de valeur ajoutée.
Les perspectives d'avenir
L'avenir du cobalt congolais est à la fois prometteur et incertain :
- La demande mondiale en cobalt devrait doubler d'ici 2030 avec l'essor des véhicules électriques ;
- Des alternatives technologiques (batteries sans cobalt, LFP) pourraient réduire la dépendance à long terme ;
- Le défi majeur de la RDC est de transformer sa richesse minière en développement réel pour sa population.





