Santé publique • Ituri

Ebola en Ituri : Judith Suminwa promet d’accélérer la riposte après plus de 1 000 décès

En déplacement à Bunia, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a réaffirmé l’engagement du Gouvernement à renforcer la lutte contre l’épidémie d’Ebola. Sa mission intervient alors que l’Ituri affronte simultanément une grave crise sanitaire et une insécurité persistante.

À Bunia, la capitale provinciale de l’Ituri, la visite de Judith Suminwa Tuluka se déroule dans un contexte particulièrement éprouvant. À la progression de la maladie à virus Ebola s’ajoutent les violences des groupes armés, les déplacements de populations et la méfiance qui fragilise l’action des équipes sanitaires.

Arrivée jeudi 23 juillet dans la soirée, la Première ministre a présenté sa mission comme une démarche d’évaluation, de soutien à la population et d’accélération de la réponse gouvernementale. Elle a reconnu les efforts déjà accomplis, tout en soulignant la nécessité de corriger les insuffisances constatées sur le terrain.

Renforcer les moyens disponibles sur le terrain

Pour la cheffe du Gouvernement, l’endiguement de l’épidémie passe notamment par le renforcement des équipements, une sensibilisation plus soutenue des communautés et l’amélioration des dispositifs d’enterrements dignes et sécurisés.

« Nous sommes aujourd’hui à Bunia, en Ituri, avec un objectif : évaluer la situation, soutenir la population et montrer que le Gouvernement est à ses côtés. »

Judith Suminwa Tuluka, Première ministre de la RDC

Judith Suminwa a rappelé qu’elle copréside, avec le président de la République Félix Tshisekedi, la Task Force Ebola mise en place à Kinshasa. Cette structure est chargée d’orienter les principales décisions relatives à la riposte.

Financement annoncé : selon la Première ministre, le Gouvernement congolais a déjà débloqué 50 millions de dollars américains pour soutenir la lutte contre l’épidémie.

L’enjeu consiste désormais à mesurer l’efficacité de l’utilisation de ces ressources, à identifier les besoins non couverts et à adapter les interventions aux réalités des différentes zones de santé affectées.

« Il nous appartient maintenant d’évaluer les actions menées sur le terrain, d’identifier les améliorations nécessaires et de faire en sorte que nous puissions endiguer cette épidémie dans les meilleurs délais. »

Judith Suminwa Tuluka

La sensibilisation au cœur de la riposte

Au-delà du financement et des équipements médicaux, les autorités doivent faire face à un autre défi majeur : la circulation de fausses informations. Les rumeurs entourant Ebola, les centres de traitement et les enterrements sécurisés alimentent parfois la peur et la résistance au sein des communautés.

La société civile estime que cette désinformation a favorisé un relâchement dans le respect des mesures sanitaires. Elle demande donc une redynamisation de la communication communautaire, avec une implication plus importante des responsables locaux, des confessions religieuses, des associations et des médias.

Plus de 1 000 décès enregistrés en RDC

La visite de la Première ministre intervient au moment où le bilan national de l’épidémie a franchi le seuil de 1 000 décès. Les données officielles disponibles au 23 juillet faisaient état de 2 536 cas confirmés et de 1 033 morts depuis la déclaration de l’épidémie, le 15 mai 2026.

La majorité des cas reste concentrée dans l’est de la RDC, particulièrement en Ituri. L’épidémie est causée par le virus Bundibugyo, une forme d’Ebola contre laquelle il n’existe pas encore de vaccin homologué ni de traitement spécifique approuvé. La prise en charge précoce et les soins de soutien demeurent donc essentiels pour améliorer les chances de survie.

La société civile interpelle le Gouvernement

La mission gouvernementale ne se limite cependant pas à la crise sanitaire. Les représentants des différentes couches sociales de l’Ituri ont profité de la présence de la Première ministre pour rappeler l’urgence de la situation sécuritaire dans la province.

Leurs principales attentes concernent la fin des massacres de civils attribués aux ADF et à d’autres groupes armés, le désarmement effectif des milices et le renforcement de la coordination de la riposte contre Ebola.

« Quand les ADF continuent à tuer les gens, c’est tout un problème. Nous croyons à un désarmement effectif et à une riposte redynamisée pour éradiquer Ebola. »

Dieudonné Lossa, coordonnateur de la société civile de l’Ituri

Cette interpellation survient quelques jours après une nouvelle attaque dans le territoire de Mambasa. Environ vingt personnes auraient été tuées dans les villages de Mandeite et Ndiapanda lors d’une incursion attribuée aux rebelles des ADF. Le bilan restait encore provisoire en raison des difficultés d’accès à la zone.

Une double urgence sanitaire et sécuritaire

Pour les acteurs locaux, la lutte contre Ebola ne peut être dissociée de la restauration de la sécurité. Les violences armées compliquent les déplacements des équipes médicales, la recherche des contacts, le transfert des malades et l’acheminement du matériel vers certaines localités.

L’insécurité favorise également les déplacements de populations, rendant la surveillance épidémiologique plus difficile. Dans ces conditions, une personne contaminée peut quitter une zone avant d’être identifiée, ce qui augmente le risque de nouvelles chaînes de transmission.

Les principales attentes exprimées en Ituri

  • Renforcer les équipements et les centres de traitement Ebola ;
  • Améliorer la recherche et le suivi des personnes contacts ;
  • Intensifier la sensibilisation contre les fausses rumeurs ;
  • Consolider les enterrements dignes et sécurisés ;
  • Sécuriser les équipes sanitaires et les populations civiles ;
  • Désarmer les groupes armés actifs dans la province.

Des visites prévues à Mongwalu et Rwampara

Après Bunia, Judith Suminwa doit poursuivre sa mission dans plusieurs secteurs particulièrement touchés par l’épidémie. Elle prévoit notamment de se rendre à Mongwalu, dans le territoire de Djugu, ainsi qu’à Rwampara.

La cheffe du Gouvernement doit également visiter différents centres de traitement Ebola afin d’échanger avec les soignants, d’évaluer leurs conditions de travail et de constater les besoins en matériel, en personnel et en moyens logistiques.

Cette tournée doit permettre au Gouvernement et à ses partenaires de rapprocher les décisions prises à Kinshasa des réalités observées dans les foyers de contamination. Pour les habitants de l’Ituri, l’attente reste néanmoins la même : voir les engagements annoncés se traduire rapidement par des résultats concrets, aussi bien contre Ebola que contre les groupes armés.

Questions fréquentes sur Ebola en Ituri

Quel est le bilan de l’épidémie d’Ebola en RDC ?

Au 23 juillet 2026, les données officielles rapportaient 2 536 cas confirmés et 1 033 décès en République démocratique du Congo.

Quelles sont les principales zones touchées en Ituri ?

Bunia, Mongwalu et Rwampara figurent parmi les principaux foyers identifiés au début de l’épidémie en Ituri.

Quelle souche d’Ebola circule actuellement ?

L’épidémie est causée par le virus Bundibugyo, une espèce d’orthoebolavirus plus rare que le virus Ebola de type Zaïre.

Quelles mesures le Gouvernement veut-il renforcer ?

Le Gouvernement annonce le renforcement des équipements, de la sensibilisation communautaire, des centres de traitement et des dispositifs d’enterrements dignes et sécurisés.

Pourquoi l’insécurité complique-t-elle la riposte ?

Les attaques et les déplacements de populations limitent l’accès aux malades, perturbent le suivi des contacts et exposent les équipes sanitaires intervenant dans les zones affectées.

Sources : déclarations de la Première ministre et de la société civile de l’Ituri ; données sanitaires disponibles au 23 juillet 2026 ; Organisation mondiale de la Santé.