Ils attendaient une ville morte. Ils revendiquent un pays mort. Ce jeudi 4 juin 2026, au lendemain de la journée de cessation des activités qu'elle avait décrétée, la Coalition Article 64 (C64) s'est réunie en séance d'évaluation à Kinshasa. Le bilan que ses leaders ont dressé va bien au-delà de ce qu'ils espéraient. Et les actions annoncées pour les prochains jours indiquent que la plateforme ne compte pas s'arrêter là.
« Nous décrétions une ville morte, mais elle s'est transformée en pays mort »
C'est Delly Sesanga, l'un des principaux leaders du C64, qui a pris la parole pour dresser le bilan de la journée du 3 juin. Sa formule a frappé les esprits : « Nous avions décrété une ville morte, mais elle s'est transformée en un pays mort. » Selon lui, non seulement Kinshasa a largement observé le mot d'ordre, mais plusieurs provinces de la RDC auraient spontanément rejoint le mouvement sans que la coalition ne les y ait explicitement appelées.
La réalité observée ce mercredi sur le terrain était en effet plus nuancée. Dans plusieurs communes de Kinshasa — Mont-Amba, Limete, Masina, Ngaba — l'activité avait été nettement ralentie en matinée, avec des rues peu animées, des commerces fermés et des transports en commun rares. Mais dès le milieu de la journée, la circulation avait timidement repris. Les juridictions de la capitale, elles, avaient tenu leurs audiences normalement, avec un léger retard à l'ouverture. Un chauffeur de taxi sorti dès 4 heures du matin confessait hésiter à garer son véhicule selon l'évolution de la situation. Un père de famille, lui, bravait l'appel en accompagnant ses enfants à l'école : « Le président Tshisekedi se bat pour changer ce pays, j'encourage les gens à sortir. »
Cette réalité contrastée n'a pas refroidi l'enthousiasme des organisateurs, qui y voient un « revers cinglant » pour le camp présidentiel et la preuve d'une « maturité démocratique » du peuple congolais, selon les mots du Cadre de concertation des forces politiques et sociales. La majorité présidentielle, de son côté, a minimisé l'impact de l'opération, réaffirme sa volonté de poursuivre le processus législatif en cours.
9 juin : une plainte pour « coup d'État contre la Constitution »
Mais le C64 n'a pas convoqué cette réunion pour se féliciter. Il a annoncé une escalade judiciaire et populaire en deux temps.
Le premier acte est fixé au 9 juin : la coalition déposera une plainte formelle contre le président Félix Tshisekedi et ses « complices », qualifiant leur démarche constitutionnelle de « tentative de conserver le pouvoir par la force », voire de « coup d'État contre la Constitution ». Le choix du terrain judiciaire est délibéré : en portant le débat devant les tribunaux, le C64 cherche à placer les autorités dans une position difficile — soit le parquet classe la plainte, ce qui sera présenté comme la preuve d'une justice aux ordres, soit il instruit, ce qui crée un précédent retentissant.
L'accusation porte spécifiquement sur la proposition de loi Ngondankoy sur le référendum, actuellement en examen à l'Assemblée nationale. Le C64 estime que ce texte est conçu pour ouvrir la voie à une révision des dispositions intangibles de la Constitution de 2006 — notamment l'article limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. Pour l'opposition, voter cette loi, c'est ouvrir une porte sur un mandat supplémentaire de sept ans qui maintiendrait Tshisekedi au pouvoir jusqu'en 2033. Les autorités réfutent systématiquement cette lecture.
12 juin : sit-in à l'esplanade du Palais du Peuple
Le deuxième acte est prévu le 12 juin. Ce jour-là, le C64 appelle à une grande mobilisation populaire devant le Palais du Peuple, siège du Parlement congolais à Kinshasa. Un sit-in à l'esplanade, pour « démontrer à ces parlementaires, qui manquent à leurs devoirs et à leurs obligations républicaines, qu'ils sont devenus les complices de l'entreprise de Tshisekedi », selon les mots de Delly Sesanga.
La coalition, qui réunit Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, veut élargir sa base. « Cet appel s'adresse à tous les Congolais, quelle que soit leur appartenance politique », a-t-elle insisté. L'objectif est de transformer ce qui reste une mobilisation partisane en mouvement citoyen transversal.
La loi Ngondankoy : l'épicentre du bras de fer
Pour comprendre ce qui se joue, il faut revenir à l'épicentre du débat : la proposition de loi déposée par le député Ngondankoy sur l'organisation d'un référendum. Ce texte, examiné en commission PAJ (Politico-Administrative et Juridique) de l'Assemblée nationale, avait provoqué le retrait spectaculaire des députés d'Ensemble pour la République avant le vote du rapport. Les adversaires du projet y voient moins une réforme technique qu'un vecteur pour démanteler les garanties constitutionnelles établies en 2006, après des années de conférences de paix et de négociations.
De son côté, le vice-Premier ministre Jean-Pierre Lihau, ministre de la Fonction publique, avait déjà tracé la ligne rouge du gouvernement en rappelant le 1er juin l'obligation de présence des fonctionnaires à leur poste. Message reçu — et ignoré dans plusieurs quartiers de la capitale. Le dialogue de sourds se poursuit. Les prochains jours diront si l'opposition parvient à transformer la rue en tribunal.





