Il fut l'homme qui tenait l'UDPS — secrétaire général puis président par intérim du parti après la mort d'Étienne Tshisekedi, deux fois premier vice-président de l'Assemblée nationale, pilier du premier cercle du pouvoir. Il est devenu son opposant le plus radical, au prix de deux ans et demi à Makala et d'une condamnation à sept ans de prison que ses avocats ont toujours dénoncée comme politique — avant une libération en février 2025 dont le fondement même fait débat. Dix-huit mois plus tard, Jean-Marc Kabund est de retour au front, signataire de la Coalition Article 64. Itinéraire d'une rupture devenue affaire d'État.
L'homme fort de l'UDPS : le parti dans les mains
L'histoire de Jean-Marc Kabund-a-Kabund se confond d'abord avec celle de l'UDPS. Nommé secrétaire général du parti historique en août 2016, il en assure la présidence par intérim à la mort d'Étienne Tshisekedi, en février 2017 — période charnière où il tient l'appareil jusqu'au congrès de mars 2018 qui porte Félix Tshisekedi à la tête du parti. La victoire de décembre 2018 fait de lui l'un des hommes les plus puissants du nouveau régime : premier vice-président de l'Assemblée nationale en 2019, déchu en mai 2020 par une pétition à l'époque de la cohabitation avec le FCC, puis rétabli au perchoir début 2021 avec l'avènement de l'Union sacrée. Organisateur redouté, tombeur revendiqué du FCC à la chambre basse, il incarne alors l'aile dure et loyale du tshisekedisme.
2022, l'année de la rupture
Tout bascule début 2022. En froid avec le premier cercle présidentiel après un incident impliquant des éléments de la garde républicaine à son domicile, Kabund démissionne de la vice-présidence de l'Assemblée, est poussé hors de l'UDPS — et choisit la rupture totale : le 14 juillet 2022, il lance l'Alliance pour le Changement par un réquisitoire d'une violence inédite contre la gouvernance du régime qu'il a servi. La réplique est immédiate : arrêté le 9 août 2022, il est écroué à la prison centrale de Makala. Poursuivi devant la Cour de cassation en raison de son statut d'ancien député, il y sera jugé pendant plus d'un an — le procureur requiert trois ans ; la Cour en prononcera plus du double.
- 13 septembre 2023 : la Cour de cassation le condamne à 7 ans de prison, notamment pour « outrage au chef de l'État » et « propagation de faux bruits », à la suite de ses déclarations publiques. Ses avocats dénoncent un jugement politique ; son parti le qualifiera de « prisonnier personnel » du pouvoir.
- Deux ans et demi à Makala : détenu du 9 août 2022 au 21 février 2025, il voit son parti manifester régulièrement pour sa libération — des marches dispersées par les forces de l'ordre.
- 21 février 2025 : il est libéré. Les premières informations, de source judiciaire, indiquent qu'il figurait sur la liste de la grâce présidentielle collective de décembre 2024 — comme d'autres opposants tels Seth Kikuni. Son avocat Me Emmanuelli Kahaya affirme au contraire qu'il a été acquitté par la Cour de cassation dans le cadre d'une procédure en révision, les infractions étant effacées et son casier redevenu vierge. Les deux versions coexistent publiquement ; l'intéressé et sa défense récusent formellement la thèse de la grâce.
Le retour : de Makala à la Coalition Article 64
Libre, Kabund a repris sans transition le fil de son combat. Sa connaissance intime de la machine UDPS et du fonctionnement du pouvoir — il fut de toutes les cuisines du premier mandat — fait de lui un opposant d'un genre particulier : l'insider devenu procureur. Le 28 août 2026, l'Alliance pour le Changement figure parmi les cinq signataires du communiqué de la Coalition Article 64, aux côtés de Katumbi, Fayulu, Matata et Sesanga : rejet des consultations du dialogue national, dénonciation d'un projet de changement de Constitution, maintien de la marche du 15 septembre. Pour l'ancien détenu de Makala, la charge contre toute dérive du pouvoir n'est pas une posture — c'est, littéralement, du vécu.
Peu de trajectoires condensent autant la question qui hante la RDC de 2026 : où passe la frontière entre la justice et la politique ? Pour le pouvoir, Kabund a été condamné par la plus haute juridiction pour des infractions caractérisées ; pour ses partisans et une partie de l'opposition, son sort a illustré la judiciarisation des dissidences — et sa libération, quel qu'en soit le fondement exact, un geste d'apaisement. Son retour au front, dans une coalition qui conteste précisément la trajectoire institutionnelle du pays, referme le cercle : l'homme qui a payé le prix fort de sa parole est redevenu l'une des voix les plus dures du paysage.
Kabund en dates
Nommé secrétaire général de l'UDPS, en remplacement de Bruno Mavungu.
Président par intérim de l'UDPS après la mort d'Étienne Tshisekedi, jusqu'au congrès de mars 2018.
Premier vice-président de l'Assemblée nationale — déchu en mai 2020, rétabli début 2021 avec l'Union sacrée.
Rupture consommée avec le pouvoir : il lance l'Alliance pour le Changement par un réquisitoire retentissant.
Arrestation et incarcération à la prison centrale de Makala.
Condamné par la Cour de cassation à 7 ans de prison pour outrage au chef de l'État et propagation de faux bruits — un verdict que sa défense qualifie de politique.
Libération de Makala — grâce collective de décembre 2024 selon les premières sources, acquittement en révision selon son avocat.
L'Alliance pour le Changement signe le communiqué de la Coalition Article 64 rejetant le dialogue national.





