C'est l'élu qui a refusé la jeep offerte aux députés — « servir par devoir, loin de tout privilège », dit sa devise. Avocat aux barreaux de Paris et de Kinshasa, docteur en droit, quatre fois élu de Luiza, ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Bemba et éphémère ministre du Plan, Delly Sesanga a traversé trente ans de politique congolaise en gardant une constance rare : celle du juriste pour qui la Constitution n'est pas un chiffon. Candidat désisté pour Katumbi en 2023, signataire de la Coalition Article 64 opposée au dialogue national, l'élu du Kasaï est devenu la vigie constitutionnelle de l'opposition. Portrait.
Le juriste : l'un des CV les plus diplômés de la classe politique
Né en juin 1970 à Kolwezi, fils du sénateur Patrice-Aimé Sesanga et originaire du territoire de Luiza, à la frontière angolaise du Kasaï, Delly Sesanga Hipungu Dja Kaseng Kapitu appartient à cette poignée d'hommes politiques congolais dont le droit est le métier autant que l'arme : docteur en droit international public de l'université de Grenoble (2001), titulaire de deux masters (Panthéon-Assas et Aix-Marseille), avocat aux barreaux de Paris et de Kinshasa/Gombe. Cette armature juridique explique tout le reste : chaque combat de sa carrière — lois électorales, train de vie de l'État, Constitution — est d'abord un combat de textes.
De Bemba au Plan : l'ascension d'un réformateur
Militant dès la fin des années 1980, passé par les tumultes des années de guerre — il fut un temps membre du RCD, qu'il quitte déçu —, Sesanga s'impose au début des années 2000 comme le directeur de cabinet de Jean-Pierre Bemba, alors vice-président chargé de l'économie et des finances (2003-2006). En mars 2006, il devient ministre du Plan, poste qu'il quitte quelques mois plus tard pour siéger à l'Assemblée nationale : élu à Luiza sous les couleurs du MLC avec le plus gros score des deux Kasaï — plus de 45 000 voix —, il entame une carrière parlementaire ininterrompue depuis, réélu en 2011, 2018 et 2023, et longtemps président de la stratégique commission Politique, administrative et juridique (PAJ). Dès 2007, il crée au sein du MLC un « Courant des réformateurs radicaux » — tout est dit dans l'intitulé — avant de fonder son propre parti, l'Envol, et de rejoindre le Rassemblement de l'opposition d'Étienne Tshisekedi, dont il intègre le comité des sages.
L'homme des ruptures de principe
Sa trajectoire des années Tshisekedi illustre sa réputation d'allié inconfortable. Soutien de Félix Tshisekedi en 2018, rallié à l'Union sacrée en 2020, il initie le G13, le groupe de parlementaires militant pour des réformes électorales consensuelles — avant de claquer la porte de l'Union sacrée fin 2021, dénonçant la loi CENI adoptée sans consensus, les ponctions du RAM sur des populations « déjà meurtries » et une gouvernance qui lui rappelle « les pratiques de la 2e République ». Candidat à la présidentielle de décembre 2023, il se désiste en faveur de Moïse Katumbi, comme Matata Ponyo, au nom de l'union de l'opposition. Ses détracteurs raillent un parcours sinueux, du RCD au MLC et de Tshisekedi à l'opposition ; lui revendique l'inverse — une constance de principes qui ne s'attache pas aux appareils. L'anecdote qui a fait sa légende populaire penche pour sa version : en 2021, il fut l'un des rares députés à refuser la jeep 4x4 offerte par la présidence à tous les élus, au nom de sa croisade contre le train de vie de l'État.
2026 : la vigie constitutionnelle de la C64
La séquence actuelle l'a replacé au premier plan. Face au dialogue national lancé le 27 août et aux appels à réviser la Constitution, Sesanga a dégainé l'accusation la plus précise du répertoire de l'opposition : celle d'une « dérive vers un troisième mandat par plébiscite ». Le 28 août 2026, l'Envol figure parmi les cinq signataires du communiqué de la Coalition Article 64 — aux côtés de Katumbi, Fayulu, Matata et Kabund — qui rejette les consultations et maintient la marche du 15 septembre. Dans ce front commun, le juriste de Luiza tient un rôle singulier : celui de l'artilleur du droit, qui adosse chaque refus à un article — à commencer par le 64, celui qui fait devoir à tout Congolais de faire échec à quiconque prendrait le pouvoir en violation de la Constitution.
Dans une opposition dominée par des figures à forte assise régionale ou à long passé présidentiel, Sesanga apporte autre chose : la crédibilité technique. Ses combats — réformes électorales, consensus sur la CENI, intangibilité constitutionnelle — sont précisément les sujets que le dialogue national prétend traiter. Sa présence dans la C64 prive le processus d'un de ses interlocuteurs juridiques les plus légitimes ; son éventuel infléchissement, à l'inverse, pèserait lourd. À suivre de près d'ici au 15 septembre.
Sesanga en dates
Naissance à Kolwezi, dans une famille politique — son père Patrice-Aimé Sesanga fut sénateur.
Doctorat en droit à Grenoble, certificat d'aptitude à la profession d'avocat à Paris.
Directeur de cabinet du vice-président Jean-Pierre Bemba, puis ministre du Plan (mars-octobre 2006).
Élu député de Luiza avec le meilleur score des deux Kasaï — le début d'une carrière parlementaire ininterrompue (2011, 2018, 2023).
Fonde l'Envol, rejoint le Rassemblement d'Étienne Tshisekedi et son comité des sages ; publie « La voie du changement ».
Après avoir initié le G13 des réformes électorales, il claque la porte de l'Union sacrée en dénonçant la loi CENI et la gouvernance.
Candidat à la présidentielle, il se désiste en faveur de Moïse Katumbi.
L'Envol signe le communiqué de la Coalition Article 64 rejetant le dialogue national ; il dénonce une « dérive vers un troisième mandat par plébiscite ».





