Une atmosphère de peur à Bunia et en Ituri


Sous escorte militaire, des ambulances transportant les corps des victimes d’Ebola traversent difficilement les routes de l’Ituri. Les enterrements se déroulent sous haute protection sanitaire en raison du risque extrêmement élevé de contamination par les dépouilles des personnes décédées. 

Dans cette province reculée du nord-est de la RDC, la propagation du virus inquiète fortement les populations. En quelques semaines seulement, les cas se sont multipliés à un rythme jugé alarmant. 

À Bunia, les autorités locales imposent désormais des mesures strictes dans les lieux publics et religieux. Le lavage des mains est obligatoire à l’entrée des églises et le port du masque fortement recommandé. 

« Désormais, on ne se serre plus les mains. On se lave constamment les mains et nous utilisons de l’eau chlorée », explique un responsable local. 

Des capacités de dépistage jugées insuffisantes


Sur le terrain, les organisations humanitaires craignent que les chiffres officiels soient largement sous-estimés. Selon un coordinateur de Médecins Sans Frontières, les capacités de dépistage demeurent très limitées. 

« Cette épidémie est majeure et les chiffres sont certainement sous-évalués », alerte-t-il. 

Face à cette situation, les points de contrôle se multiplient autour de Bunia. Les voyageurs doivent désormais se soumettre à des contrôles de température et à des procédures de désinfection des mains. 

La vigilance est particulièrement renforcée pour les personnes venant de Mongbwalu, considéré comme l’un des principaux foyers de contamination. 

Bunia sous restrictions sanitaires


Afin de limiter la propagation du virus, les autorités ont interdit les rassemblements de plus de 50 personnes à Bunia. Les liaisons aériennes avec Kinshasa ont également été suspendues. 

Ces mesures traduisent la montée des inquiétudes autour de cette nouvelle flambée d’Ebola causée par la souche Bundibugyo, réputée difficile à contenir en l’absence de vaccin spécifique et de traitement adapté. 

Patrick Muyaya : « La RDC a l’expérience nécessaire »

Le ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, se veut toutefois rassurant. Selon lui, la RDC possède une solide expérience dans la gestion des épidémies d’Ebola.

« C’est la 17e épidémie à laquelle nous faisons face. Nous avons l’expérience et l’expertise nécessaires », affirme-t-il. 

Le gouvernement indique avoir déjà débloqué 20 millions de dollars pour financer les dispositifs de riposte sanitaire. 

Patrick Muyaya souligne également que la RDC travaille avec Africa CDC afin de coordonner une réponse régionale impliquant l’Ouganda et le Soudan du Sud. 

Le conflit armé complique la riposte contre Ebola

Le contexte sécuritaire dans l’est de la RDC constitue un défi supplémentaire pour les équipes sanitaires. Le gouvernement accuse notamment le M23 et le Rwanda de compliquer les opérations de riposte dans certaines zones sous contrôle rebelle. 

Patrick Muyaya estime que la fermeture des frontières par certains pays voisins risque d’entraver davantage les opérations humanitaires et le déploiement des équipes médicales. 

« Si nous devons envoyer des équipes de riposte sur place, comment les acheminer lorsque les frontières sont fermées ? » interroge-t-il. 

Le ministre estime par ailleurs qu’une simple trêve militaire ne suffira pas à enrayer l’épidémie, qui pourrait nécessiter entre quatre et six mois pour être totalement maîtrisée. 

Les Léopards rassurés avant la Coupe du monde

À quelques jours de la Coupe du monde 2026, les autorités congolaises veulent également rassurer sur la participation des Léopards.

Selon Patrick Muyaya, l’équipe nationale, actuellement en stage en Belgique, pourra se rendre normalement aux États-Unis. Des discussions sont également en cours avec les autorités américaines concernant les déplacements des supporters congolais. 

Une communication gouvernementale axée sur la transparence

Le gouvernement congolais affirme enfin vouloir maintenir une communication transparente sur l’évolution de l’épidémie et reconnaît que davantage de cas suspects et de cas contacts pourraient encore être identifiés dans les prochains jours. 

Pour Kinshasa, la priorité immédiate reste la lutte contre Ebola ainsi que la stabilisation sécuritaire de l’est du pays.