Alors que l’épidémie d’Ebola en RDC continue de progresser dans l’Est du pays, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a présidé mercredi 27 mai 2026 à Kinshasa une nouvelle réunion de crise consacrée à la riposte nationale contre la souche Bundibugyo.

Cette rencontre d’urgence, organisée à la Cité de l’Union africaine, a réuni plusieurs hauts responsables gouvernementaux, dont la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le ministre de la Santé Samuel Roger Kamba, le ministre de la Communication Patrick Muyaya ainsi que le directeur général d’Africa CDC, le Dr Jean Kaseya.

Félix Tshisekedi ordonne un renforcement immédiat de la riposte

Au cours de cette réunion stratégique, le Chef de l’État a donné des instructions fermes pour contenir la propagation du virus. Parmi les priorités annoncées figurent le déploiement urgent des équipes médicales, le renforcement des infrastructures sanitaires, la surveillance accrue des zones touchées ainsi que l’intensification des campagnes de sensibilisation autour des gestes barrières.

Depuis la résurgence confirmée de l’épidémie il y a près de deux semaines, Félix Tshisekedi multiplie les interventions publiques pour appeler à la vigilance. Lors des deux derniers Conseils des ministres, il avait déjà insisté sur la nécessité de déployer rapidement des stratégies efficaces afin de freiner la transmission du virus.

Premier patient guéri d’Ebola Bundibugyo en Ituri

Quelques heures après cette réunion de crise, le ministère de la Santé a annoncé une première avancée encourageante : la guérison du tout premier patient atteint de la souche Bundibugyo dans la province de l’Ituri.

Cette annonce est perçue comme un signal positif dans un contexte sanitaire extrêmement préoccupant. Elle témoigne, selon les autorités, de l’engagement des équipes médicales sur le terrain, de la coordination gouvernementale et de la collaboration des communautés locales avec les partenaires internationaux.

La 17e épidémie d’Ebola enregistrée en RDC touche actuellement onze zones de santé réparties dans trois provinces : le Nord-Kivu, l’Ituri et le Sud-Kivu.

Une souche sans vaccin ni traitement spécifique

Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, a rappelé lors d’un briefing que la souche Bundibugyo ne dispose actuellement ni de vaccin homologué ni de traitement spécifique.

Selon les chiffres communiqués par les autorités sanitaires, la RDC a déjà enregistré 17 décès confirmés et plus de 3 600 cas probables liés à cette nouvelle flambée épidémique.

Face à l’ampleur de la crise, un plan régional de riposte impliquant la RDC, l’Ouganda et le Soudan du Sud a été évalué à 319 millions de dollars américains. Les partenaires internationaux ont déjà promis près de 300 millions USD pour soutenir les efforts sanitaires.

Le ministre Roger Kamba a également insisté sur l’importance du respect des gestes barrières, y compris dans les provinces encore non affectées.

« La vigilance doit être générale. Nous devons briser la chaîne de contamination avant qu’elle ne s’étende davantage », a-t-il déclaré.

Les soignants en première ligne malgré la peur

À Bunia, en Ituri, la situation reste particulièrement tendue dans les structures sanitaires. Devant un hôpital de la ville, les équipes médicales pleurent la mort d’un médecin contaminé alors qu’il prenait en charge des patients atteints d’Ebola.

Malgré la peur, les soignants poursuivent leur mission.

« Aujourd’hui, il y a des malades qui arrivent. Demain, il y aura encore des malades qui viendront. Nous avons peur. Mais on ne peut pas abandonner les malades parce que nous avons prêté serment », confie un médecin.

Depuis le début de l’épidémie, plusieurs dizaines de cas suspects sont décédés, dont un nourrisson né d’une mère infectée par le virus.

Conflits armés et crise humanitaire compliquent la lutte contre Ebola

La riposte sanitaire se heurte également à l’insécurité persistante dans l’est de la RDC. Les violences armées provoquent d’importants déplacements de populations, rendant extrêmement difficile le suivi des cas contacts et l’application des mesures sanitaires.

Dans certains camps de déplacés, les conditions de vie aggravent les risques de propagation.

Mégaphone à la main, une femme tente de sensibiliser les habitants :

« Nous leur demandons de se laver les mains, de ne pas se serrer la main et d’éviter tout contact avec les sécrétions d’autrui », explique-t-elle.

Mais la réalité humanitaire rend ces recommandations difficiles à appliquer.

« Nous n’avons aucune protection, ni eau, ni savon et nous vivons près des ordures », déplore-t-elle.

L’Ouganda ferme sa frontière avec la RDC

L’inquiétude dépasse désormais les frontières congolaises. Plusieurs cas ont déjà été recensés en Ouganda, poussant Kampala à annoncer la fermeture immédiate de sa frontière avec la RDC afin de limiter les risques de propagation.

Selon Africa CDC, au moins dix pays africains pourraient être exposés au virus en raison des mouvements transfrontaliers et de l’intensité des échanges régionaux.

Cette situation ravive les craintes d’une propagation régionale de grande ampleur, alors que les systèmes de santé de plusieurs pays voisins restent fragiles.

Une bataille sanitaire décisive pour la RDC

Face à cette nouvelle flambée d’Ebola en RDC, les autorités congolaises tentent d’éviter un scénario similaire aux précédentes épidémies meurtrières ayant frappé l’Est du pays.

Entre urgence sanitaire, insécurité armée et crise humanitaire, la bataille contre la souche Bundibugyo s’annonce particulièrement complexe. La capacité des autorités à maintenir une riposte coordonnée et à restaurer la confiance des populations sera déterminante pour freiner la progression du virus dans les semaines à venir.