Pour comprendre la rumba congolaise, il faut remonter bien avant les studios d'enregistrement de Kinshasa, bien avant les disques 78 tours des années 1940. Il faut retourner dans l'ancien royaume Kongo, ce vaste empire qui s'étendait sur l'actuelle RDC, le Congo-Brazzaville et l'Angola, et où une danse appellee Nkumba était au coeur de la vie sociale.
La danse Nkumba : les racines profondes
La danse Nkumba tire son nom du mot kikongo « nkumba », qui signifie « nombril » ou « taille ». Elle était exécutée par un couple — un homme et une femme — qui dansaient ventre contre ventre, nombril contre nombril. Ce n'est pas une danse érotique au sens moderne : c'est une danse de vie, de fertilité, de connexion entre êtres humains. Elle était pratiquée lors des célébrations, des rituels de passage et des cérémonies communautaires.
La traversée de l'Atlantique (XVIe-XIXe siècle)
La traite négrière emporte la Nkumba avec les esclaves congolais vers les Amériques. En Cuba, cette danse fusionne avec d'autres rythmes africains et des influences européennes pour donner naissance à la rumba cubaine. Le voyage dure plusieurs siècles. Les esclaves ne peuvent pas emporter leurs instruments, mais ils emportent leurs rythmes, gravés dans leur corps et leur mémoire.
La rumba cubaine se développe indépendamment pendant deux ou trois siècles avant de revenir vers l'Afrique via les disques et les marins dans les années 1920-1930.
Le retour à Kinshasa (années 1930)
Dans les années 1930, les disques de rumba cubaine arrivent à Kinshasa (alors Léopoldville) et à Brazzaville via les marins et les commerçants. Des marchands grecs installés dans la capitale congolaise ouvrent de petits studios d'enregistrement dans leurs boutiques, encourageant les artistes locaux à s'emparer de ce style qui, inconsciemment, leur parle parce qu'il vient d'eux.
En 1938, le musicien antillais Jean Réal fonde Congo Rumba, posant les premières bases. L'année suivante, Bernard Massamba crée le groupe Jazz Bohême. Le terrain est préparé.
Marie Louise : l'acte de naissance (1948)
Le moment fondateur arrive en 1948. Antoine Wendo Kolosoy, mécanicien de bateau originaire de Kisangani, enregistre Marie Louise pour le label Ngoma. Ce morceau réalise la première fusion réussie entre le rythme traditionnel zebola, la rumba cubaine et les influences antillaises. La chanson devient populaire dans toute l'Afrique subsaharienne. Wendo Kolosoy gagnera les surnoms de « maître de la chanson » et de « père de la rumba congolaise ».
Indépendance Cha Cha : la rumba politique (1960)
Le deuxième acte fondateur arrive avec Grand Kallé (Joseph Kabasele) et son African Jazz. En 1960, ils enregistrent Indépendance Cha Cha, un hymne à la décolonisation africaine. La chanson accompagne les indépendances de dizaines de pays africains et devient dans plusieurs d'entre eux « l'hymne des indépendances ». Pour la première fois, le monde entier entend la voix musicale de Kinshasa.





