🧠 Ce qu'il faut retenir

Le ministère public a requis 15 ans de travaux forcés contre l'ancien ministre de la Justice Constant Mutamba et l'ex-coordonnateur du FRIVAO, Chancard Bolukola, pour le détournement présumé de plus de 20 millions de dollars destinés aux victimes congolaises des exactions ougandaises. La Cour de cassation rendra son arrêt le 2 septembre 2026.

À Kinshasa, le ministère public a requis 15 ans de travaux forcés contre l'ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, et Chancard Bolukola, ex-coordonnateur du Fonds de réparation des victimes des activités illicites de l'Ouganda (FRIVAO). Les deux hommes sont accusés d'avoir détourné plus de 20 millions de dollars sur un fonds de 65 millions destiné chaque année à indemniser les victimes congolaises des exactions ougandaises.

⚖️ Chiffres clés du dossier
Peine requise 15 ans de travaux forcés
Montant détourné présumé +20 millions USD
Fonds total FRIVAO/an 65 millions USD
Arrêt attendu 2 septembre 2026
Juridiction Cour de cassation (RDC)
Durée du fonds FRIVAO 5 ans (arrêt CIJ)

Les acteurs du dossier

CM

Constant Mutamba

Ancien ministre de la Justice — Accusé principal, présenté comme donneur d'ordre

CB

Chancard Bolukola

Ex-coordonnateur du FRIVAO — Co-accusé, se dit victime des diktats de son ministre

MP

Ministère public

Accusation — requiert 15 ans de travaux forcés pour les deux prévenus

Me

Me Didace Mituato

Avocat de Bolukola — défend la thèse des instructions imposées par la tutelle

📋 Contexte — L'affaire CIJ et le FRIVAO

En exécution d'un arrêt de la Cour internationale de Justice (CIJ), l'Ouganda verse chaque année 65 millions de dollars à la RDC depuis 5 ans, au titre des réparations pour les exactions commises par l'armée ougandaise (UPDF) sur le territoire congolais. Ce fonds est géré par le FRIVAO, dont la mission est de distribuer ces sommes aux victimes identifiées. Le détournement présumé de plus de 20 millions de dollars sur ce fonds constitue non seulement un crime économique grave, mais aussi un manquement aux obligations internationales assumées par la RDC devant la plus haute juridiction mondiale.

Un procès marqué par l'absence de l'accusé principal

L'une des particularités de cette procédure est l'absence remarquée de Constant Mutamba à toutes les audiences, depuis l'instruction jusqu'aux plaidoiries. L'ex-ministre de la Justice — qui purge déjà une peine de 3 ans dans un premier procès pour des faits similaires — a choisi de sécher systématiquement les audiences, sans se faire représenter par un avocat. Une stratégie judiciaire qui n'a pas empêché le ministère public de mener l'accusation à son terme.

Son co-accusé Chancard Bolukola, en revanche, a été défendu par ses avocats qui ont plaidé sa bonne foi, arguant qu'il exécutait les ordres de son ministre de tutelle. « Effectivement, parce que les pièces étaient produites. D'une part, on lui demandait de signer certains contrats, tantôt verbalement. Mais tout cela, les instructions ou les diktats, c'était pour indemniser les victimes. Et le prévenu croyait que ces instructions-là valaient aussi », a déclaré Me Didace Mituato à l'audience.

Les griefs retenus par le parquet

Pour requérir la peine maximale, le ministère public a articulé plusieurs chefs d'accusation précis :

Grief Détail Montant
Décaissements sans qualité Fonds versés à des entreprises et personnes non éligibles ~30 M USD
Assemblée provinciale de Kisangani Indemnisation octroyée à une institution sans qualité de victime ~200 000 USD
Documentaire Financement d'un documentaire sans lien avec les victimes +1 M USD
Indemnisations faramineuses Montants jugés disproportionnés et non symboliques Non chiffré

Le parquet souligne que Constant Mutamba agissait en qualité de donneur d'ordre, ce qui engage sa responsabilité directe au regard du droit pénal congolais. Face à l'argument de la défense de Bolukola, le procureur a rappelé le principe fondamental : « nul n'est censé exécuter un ordre manifestement illégal ».

Chronologie du dossier FRIVAO

CIJ — Arrêt initial

La Cour internationale de Justice condamne l'Ouganda à verser 65 millions USD/an à la RDC à titre de réparations pour les exactions de l'UPDF.

Création du FRIVAO

Création du Fonds de réparation des victimes des activités illicites de l'Ouganda, chargé de gérer et distribuer les fonds aux victimes identifiées.

Inculpation

Constant Mutamba et Chancard Bolukola sont inculpés pour le détournement présumé de plus de 20 millions de dollars des fonds FRIVAO.

13 juillet 2026

Ouverture du second procès de Constant Mutamba devant la Cour de cassation. L'ex-ministre quitte l'audience après des échanges tendus.

Août 2026

Réquisitoire du ministère public : 15 ans de travaux forcés requis contre les deux accusés. Absence totale de Mutamba et de ses avocats.

2 septembre 2026

Date fixée pour le prononcé de l'arrêt de la Cour de cassation.

Les enjeux politiques et judiciaires

Ce procès revêt une dimension symbolique considérable. Constant Mutamba n'est pas un justiciable ordinaire : il a été ministre de la Justice de la République Démocratique du Congo, gardien institutionnel de l'État de droit. Le voir jugé pour détournement de fonds destinés aux victimes de guerre illustre de manière saisissante les contradictions au cœur du système judiciaire et politique congolais.

Sur le plan international, l'affaire met en lumière la fragilité des mécanismes de réparation ordonnés par les juridictions internationales. Les 65 millions de dollars annuels versés par l'Ouganda en exécution de l'arrêt de la CIJ devaient servir à panser les plaies des victimes civiles congolaises. Leur détournement présumé constitue non seulement un crime contre ces victimes, mais aussi une atteinte à la crédibilité des décisions de la plus haute juridiction mondiale.

La question des parties civiles soulève également un débat juridique de fond : l'accusation conteste la recevabilité du FRIVAO, de l'État congolais et de deux personnes physiques comme parties civiles devant la Cour de cassation — une juridiction dont la compétence en matière civile est encadrée par des règles strictes.

« Nul n'est censé exécuter un ordre manifestement illégal. » — Ministère public, audience FRIVAO, Cour de cassation, août 2026
Peine requise par le parquet
15 ans de travaux forcés
Arrêt attendu le 2 septembre 2026 — Cour de cassation

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le FRIVAO ?
Le FRIVAO (Fonds de réparation des victimes des activités illicites de l'Ouganda) est un fonds de 65 millions de dollars versés annuellement par l'Ouganda à la RDC en exécution d'un arrêt de la Cour internationale de Justice, pour indemniser les victimes congolaises des exactions commises par l'armée ougandaise sur le territoire congolais.
Pourquoi Constant Mutamba est-il poursuivi dans l'affaire FRIVAO ?
Le ministère public le présente comme le donneur d'ordre des décaissements litigieux portant sur près de 30 millions de dollars, distribués à des entreprises et des personnes sans qualité pour en bénéficier, au lieu d'être versés aux victimes congolaises légitimes. Il est notamment reproché d'avoir accordé 200 000 dollars à l'Assemblée provinciale de Kisangani et plus d'un million de dollars pour un documentaire.
Quelle est la défense de Chancard Bolukola ?
La défense de Bolukola soutient qu'il exécutait les instructions de son ministre de tutelle, Constant Mutamba, et qu'il croyait de bonne foi que ces ordres étaient légaux. Ses avocats ont dénoncé un réquisitoire fondé sur des supputations et des faits non établis.
Quand la Cour de cassation rendra-t-elle son arrêt ?
La Cour de cassation a fixé la date du prononcé de son arrêt au 2 septembre 2026. Les parties civiles, dont le FRIVAO, l'État congolais et deux personnes physiques, réclament des dizaines de millions de dollars de réparations.
Constant Mutamba a-t-il déjà été condamné ?
Oui. Au moment de ce second procès, Constant Mutamba purge déjà une peine de 3 ans prononcée dans un premier procès pour des faits similaires. Il n'a pas comparu et n'était pas représenté par un avocat lors des audiences du second procès.
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