⚖️ Dossier Justice — Kinshasa, juillet 2026
Condamné le2 sept. 2025
Peine3 ans travaux forcés
Montant19,9 millions $
AffaireFRIVAO / Zion Construction
HospitaliséDepuis 9 mois
Prochain procès13 juillet 2026

Qui est Constant Mutamba ?

Constant Mutamba est un avocat congolais né en 1988, devenu l'une des figures les plus surprenantes de la vie politique de la RDC. Nommé ministre de la Justice et Garde des Sceaux dans le gouvernement Suminwa en 2024, il s'était illustré comme l'homme de la lutte contre la corruption et l'impunité, menant notamment une offensive judiciaire tous azimuts contre des personnalités proches de Joseph Kabila et contre les soutiens du M23. Populaire, jeune, volontariste — il était devenu le symbole d'une justice congolaise enfin courageuse pour une partie de l'opinion.

Sa chute a été aussi spectaculaire que sa montée. Le 16 avril 2025, un virement de 19,9 millions de dollars depuis le compte du FRIVAO vers un compte ouvert la veille au nom de la société Zion Construction déclenche le scandale. Détecté le jour même par la Cenaref (cellule nationale de renseignements financiers), le transfert sera l'élément central d'un procès qui va déchirer l'opinion congolaise.

L'affaire FRIVAO : les faits

Le FRIVAO — Fonds de réparation et d'indemnisation des victimes des activités illicites de l'Ouganda en RDC — est un fonds constitué des réparations versées par Kampala à la suite d'une décision de la Cour internationale de Justice. Ces sommes, destinées aux victimes des guerres de Kisangani des années 2000 (notamment la "guerre des six jours" de juin 2000 entre armées rwandaise et ougandaise sur le sol congolais), devaient financer la construction d'une prison à Kisangani.

Selon l'accusation, Mutamba a ordonné le virement de 19,9 millions de dollars vers la société Zion Construction, créée le 28 mars 2024 — soit deux semaines avant la signature du contrat le 14 avril 2025. Le parquet l'a accusé de transfert illégal de fonds, de non-respect des procédures de marchés publics et d'attribution d'un contrat à une "société écran".

📌 L'argument de la défense

Mutamba a soutenu tout au long du procès que sa hiérarchie n'avait émis aucune remarque après le marché passé de gré à gré avec Zion Construction. Ses avocats ont invoqué de "simples erreurs administratives en matière de passation de marchés publics". Le témoignage de la Rawbank a contredit sa version sur le statut de compte séquestre. La demande d'annulation de la procédure pour vice de forme (vote à main levée à l'Assemblée nationale au lieu du vote à bulletin secret) a été rejetée.

Chronologie : du ministère à la prison

2024

Ministre de la Justice

Nommé dans le gouvernement Suminwa. Lance une offensive judiciaire contre les proches de Kabila et les soutiens du M23. Devient populaire, surnommé le "Lion" de la justice.

16 avr. 2025

Le virement suspect

19,9 millions de dollars transférés du FRIVAO vers un compte Zion Construction. Détecté le même jour par la Cenaref. Le scandale éclate.

18 juin 2025

Démission et résidence surveillée

Contraint de démissionner, Mutamba adresse une lettre de démission à Tshisekedi. Il est placé en résidence surveillée par le procureur général Firmin Mvonde.

9 juil. 2025

Ouverture du procès

La défense tente de faire annuler la procédure pour vice de forme (vote à main levée à l'AN). Rejeté. Le procès s'ouvre devant la Cour de cassation.

2 sept. 2025

Condamnation

La Cour de cassation le condamne à 3 ans de travaux forcés, 5 ans d'inéligibilité et d'interdiction de vote, restitution de 19 millions de dollars. Escorté à sa sortie par la Police nationale. Conduit en prison.

Oct. 2025

Hospitalisation

État de santé dégradé. Mutamba est transféré à l'hôpital où il restera cloué pendant 9 mois. Son état devient un sujet politique : ses partisans réclament sa libération.

Juin 2026

Le peuple réclame sa libération

À l'occasion du retour des Léopards du Mondial 2026, des partisans réclament la libération de Mutamba devant le chef de l'État au Palais du peuple. Il le cite dans sa lettre comme le début de "l'acharnement".

4 juil. 2026

Lettre au peuple congolais

Depuis son lit d'hôpital, Mutamba rédige une lettre manuscrite adressée "Au peuple congolais, peuples d'Afrique" pour annoncer son 3e procès politique et sa décision de comparaître personnellement.

13 juil. 2026

3e procès — Cour de cassation

Ouverture annoncée d'un nouveau procès à la Cour de cassation dans l'affaire FRIVAO. Mutamba annonce comparaître personnellement, médicaments à la main.


La lettre du 4 juillet 2026 : un homme qui se lève

La lettre manuscrite de Constant Mutamba, datée du 4 juillet 2026 et adressée "Au peuple congolais, peuples d'Afrique", est un document politique fort. Rédigée depuis son lit d'hôpital, elle annonce une décision radicale pour un homme condamné et hospitalisé depuis des mois : quitter son lit, médicaments à la main, pour comparaître personnellement le 13 juillet 2026 devant la Cour de cassation.

📜 Extraits de la lettre manuscrite — Constant Mutamba, 4 juillet 2026

"Pour mettre fin à ces manipulations de la justice, chantages politiques répétés, je décide de quitter mon lit d'hôpital, où je suis cloué depuis 9 mois, médicaments à la main, afin de défendre la vérité, la vraie justice et mon innocence. Je vais donc comparaître personnellement ce 13 juillet 2026."

"Par ailleurs, je souhaite que ce procès soit diffusé en direct sur la RTNC et d'autres chaînes, afin que les victimes des guerres de Kirangani dont je fais partie, ainsi que notre peuple sachent désormais la vérité sur la gestion de ce fonds FRIVAO."

"La justice, qui devient désormais un instrument de règlement des comptes politiques au service d'un groupe. RÉSISTANCE ! La patrie ou la mort, nous vaincrons."

Ce que dénonce Mutamba : le 3e procès politique

Dans sa lettre, Mutamba décrit une escalade judiciaire systématique à son encontre. Ce qu'il appelle son "3e procès politique" à la Cour de cassation dans l'affaire FRIVAO s'inscrirait, selon lui, dans une logique d'acharnement judiciaire après l'échec de ses détracteurs à l'atteindre lors des deux précédentes procédures.

Il évoque le dédoublement de son parti NOGEC et l'arrestation de ses militants comme autant d'éléments d'une stratégie visant à l'affaiblir politiquement. Il affirme être transformé en prévenu "dans une affaire dont il n'est concerné ni de près ni de loin" — concernant le FRIVAO, dans lequel il a pourtant déjà été condamné lors du premier procès.

La date de déclenchement de cet acharnement, selon lui ? Le jour où des partisans ont réclamé sa libération devant le président Tshisekedi au Palais du peuple, à l'occasion du retour des Léopards du Mondial 2026.

"J'ai appris qu'un 3e procès politique sera ouvert contre moi ce 13 juillet devant la Cour de cassation dans l'affaire FRIVAO. Après avoir tenté en vain leurs manœuvres devant la Cour d'appel, dédoublé mon parti NOGEC, arrêté mes militants, mes détracteurs ont choisi de me transformer en prévenu dans une affaire dont je ne suis concerné ni de près ni de loin." — Constant Mutamba, lettre du 4 juillet 2026

Un homme, un symbole, une fracture

Le cas Mutamba cristallise une fracture profonde dans l'opinion congolaise. Pour ses partisans — nombreux, jeunes, présents dans les rues et sur les réseaux —, il est une victime de la politique, un réformateur courageux qui a payé pour avoir osé s'attaquer aux intouchables. Des veillées ont été organisées devant sa résidence à Ngaliema. Lors du verdict de septembre 2025, certains l'acclamaient déjà comme "futur président de la République".

Pour ses détracteurs et la Cour de cassation, il est un ministre qui a profité de sa position pour détourner 19,9 millions de dollars destinés aux victimes des guerres de Kisangani — des fonds dont le manque affecte directement des milliers de Congolais meurtris.

Sa condamnation le prive pour l'instant du droit de se présenter à l'élection présidentielle de 2028. C'est là, peut-être, l'enjeu politique le plus lourd de ce dossier.