Il y a des moments qui appartiennent à l'histoire avant même d'être vécus. Le 17 juin 2026, au NRG Stadium de Houston, Texas, les Léopards de la République démocratique du Congo entreront sur la pelouse face au Portugal pour leur premier match de Coupe du monde depuis 52 ans. La dernière fois que le Congo foulait la scène mondiale, le pays s'appelait le Zaïre, Mobutu Sese Seko régnait, et Ilunga Mwepu botait un coup franc brésilien dans le vide — image qui ferait le tour du monde pour de mauvaises raisons.

Cinquante-deux ans plus tard, tout a changé. Les Léopards arrivent à Houston avec une génération formée en Premier League anglaise, en Ligue 1 française, en Liga espagnole. Ils arrivent avec de l'expérience, de l'ambition et la conscience de représenter 116 millions de Congolais qui attendent ce moment depuis plus d'un demi-siècle. Ce guide est tout ce qu'il faut savoir sur leur aventure mondiale.

La qualification : un chemin semé d'embûches

Leaders du groupe africain

Tout commence dans les éliminatoires africaines. Les Léopards dominent leur groupe avec autorité. Ils terminent leaders avec 13 points après 6 journées, devant le Sénégal et le Soudan. Des victoires décisives à l'extérieur, notamment à Nouadhibou en Mauritanie, posent les bases d'une équipe sérieuse, organisée, difficile à battre.

Nigeria battu aux tirs au but

En finale africaine des barrages, le 16 novembre 2025, les Léopards éliminent le Nigeria 4-3 aux tirs au but. Le rival historique du football africain est sorti. La RDC file aux barrages intercontinentaux. Avant-derniers qualifiés pour la Coupe du monde 2026, les Léopards arrachent leur billet grâce à une victoire contre la Jamaïque (1-0 après prolongations) lors du barrage intercontinental du 31 mars.

Tuanzebe et le but de la délivrance

Le 31 mars 2026 à Guadalajara. Face à la Jamaïque, le match se termine 0-0 après 90 minutes. En prolongation, Axel Tuanzebe, défenseur central de Burnley, inscrit le but qui change l'histoire. Ce soir-là, à Kinshasa, à Lubumbashi, à Goma et même dans les camps de déplacés du Nord-Kivu, les rues explosent. Un peuple entier respire enfin.

Le groupe K : difficile sur le papier, ouvert sur le terrain

Portrait du Portugal

Classée 5e au classement FIFA, la Séleção portugaise est redoutée pour sa domination territoriale et son football basé sur la possession du ballon. Sous la direction de Roberto Martínez, cette équipe affiche une moyenne impressionnante de 71% de possession lors des éliminatoires. Cristiano Ronaldo, 41 ans, est toujours là. Mais le Portugal ne se résume plus à lui. Bruno Fernandes, Bernardo Silva, Rafael Leão — une machine collective bien huilée. Le 17 juin à Houston sera le baptême du feu des Léopards.

Portrait de la Colombie

Le 24 juin à Zapopan (Mexique), la RDC retrouve un stade qu'elle connaît. C'est là, à l'Estadio Akron, qu'elle avait battu la Jamaïque lors du barrage qualificatif. Un signe ? La Colombie de Luis Díaz (Liverpool) et James Rodríguez est un outsider sérieux. Mais ses performances récentes, notamment les revers face à la Croatie et la France, indiquent une baisse de précision technique. La RDC pourrait tirer parti de cette faiblesse.

Portrait de l'Ouzbékistan

Le 27 juin à Atlanta, c'est le match de la qualification possible. L'Ouzbékistan est une nation montante. Il a battu le Gabon (3-1) et le Venezuela (1-0) en préparation. Ne pas le sous-estimer. Mais sur le papier, c'est l'adversaire le plus accessible. Avec le format à 48 équipes, une victoire face à l'Ouzbékistan pourrait éventuellement suffire à passer le premier tour en tant que meilleur troisième de groupe.

Les 26 Léopards : qui sont-ils ?

Les gardiens

La liste comprend les gardiens Timothy Fayulu, Lionel Mpasi et Matthieu Épolo. Timothy Fayulu, fils du candidat à la présidentielle Martin Fayulu, assume pleinement le numéro 1. Sa sérénité dans les grands matchs de qualification a convaincu Desabre.

La défense : un bloc solide

En défense figurent Chancel Mbemba (Lille, France), Aaron Wan-Bissaka (West Ham, Angleterre), Axel Tuanzebe (Burnley, Angleterre), Arthur Masuaku (RC Lens, France), Gédéon Kalulu, Joris Kayembe (KRC Genk, Belgique), Steve Kapuadi (Widzew Łódź, Pologne), Rocky Bushiri (Hibernian FC, Écosse) et Dylan Batubinsika (Larissa, Grèce).

Chancel Mbemba est le capitaine et le patron. À 32 ans, ce sera probablement son dernier Mondial. Il le sait. Aaron Wan-Bissaka, lateral droit de West Ham, a choisi la RDC plutôt que l'Angleterre — un choix fort. Tuanzebe, le héros du but qualificatif, arrive en homme en forme et en confiance.

Le milieu : créativité et pressing

Au milieu de terrain, Noah Sadiki (Sunderland, Angleterre), Samuel Moutoussamy (Atromitos, Grèce), Edo Kayembe (Watford, Angleterre) et Ngàl'ayel Mukau (Lille, France) figurent dans la liste. Gaël Kakuta (Larissa), expérimenté et technique, apporte sa vision du jeu. Noah Sadiki, révélation de la saison en Championship anglais, incarne la nouvelle génération qui n'a peur de rien.

L'attaque : Wissa comme arme principale

Des cadres comme Aaron Wan-Bissaka, Chancel Mbemba et Yoane Wissa seront les principaux leaders des Léopards. Yoane Wissa, ailier de Newcastle United en Premier League, est la grande star offensive. Rapide, décisif, capable de briller contre n'importe quelle défense lors d'une bonne journée. Cédric Bakambu (Real Betis) apporte son expérience des grandes compétitions. Simon Banza, Fiston Mayele et Meschack Elia complètent un secteur offensif diversifié.

Sébastien Desabre : le sélectionneur qui a fait l'histoire

Le sélectionneur des Léopards, Sébastien Desabre, a décidé d'opter pour la stabilité pour ce grand rendez-vous planétaire. La liste des Léopards est très proche de celle qui a atteint les 8es de finale de la CAN 2025.

Ce technicien français discret, peu connu hors du cercle du football africain, a réalisé l'exploit que ses prédécesseurs n'avaient pas réussi depuis 52 ans. Sa méthode : la stabilité, la cohésion, le sérieux. Pas de révolution. La confiance aux cadres. Un groupe soudé que la CAN 2025 avait déjà commencé à bâtir.

La préparation : Liège, Ebola et les obstacles

Le stage de Bruxelles et Liège

Les Léopards de la RDC ont entamé, lundi 25 mai, leur rassemblement à Bruxelles, en Belgique, pour préparer la Coupe du Monde 2026. Le stage s'est ensuite déplacé à Liège. Le gouvernement congolais a confirmé lors du Conseil des ministres du 29 mai que les préparatifs évoluent favorablement.

L'ombre d'Ebola

La préparation n'a pas été sans turbulences. Le 2 juin, le maire de La Línea de la Concepción (Espagne) a interdit par décret le match amical RDC-Chili prévu le 9 juin, invoquant la prudence sanitaire face à l'épidémie d'Ebola Bundubugyo. La Maison Blanche avait exigé le 23 mai une quarantaine de 21 jours pour les joueurs avant d'entrer aux États-Unis. Trois compagnies aériennes mexicaines ont imposé des restrictions aux passagers africains. Les Léopards ont navégué dans ces eaux agitées avec une sérénité remarquable, ne conservant qu'un seul match amical : face au Danemark à Liège, le 3 juin.

Le Zaïre 1974 : l'histoire à dépasser

Pour comprendre ce que représente 2026, il faut revenir à 1974. À l'été allemand, le Zaïre de Mobutu était la première équipe d'Afrique noire à participer à une Coupe du monde. Un exploit historique, gâché par le contexte : pression politique du régime, salaires non versés, peur des représailles. Résultat : 2-0 contre l'Écosse, 9-0 contre la Yougoslavie, 3-0 contre le Brésil. Et ce geste d'Ilunga Mwepu — botter un coup franc brésilien avant la mise en jeu — qui est entré dans l'anthologie du football mondial pour de mauvaises raisons.

La génération 2026 n'a pas connu Mobutu. Elle a grandi avec la Premier League dans les yeux et la rumba dans le cœur. Elle ne joue pas par peur. Elle joue pour gagner.

Les chances réelles des Léopards

Scénario réaliste

Soyons honnêtes. Battre le Portugal reste difficile. Mais pas impossible — le Portugal a perdu des matchs que personne n'attendait. Contre la Colombie, un match nul serait déjà un résultat honorable. Et contre l'Ouzbékistan, les Léopards partent favoris. La place de troisième de groupe offrant l'opportunité de se qualifier en 16es de finale, une victoire face à l'Ouzbékistan pourrait suffire à passer le premier tour.

L'arme secrète : l'unité nationale

Ce qui rend cette équipe différente des autres, c'est l'énergie d'un peuple derrière elle. Dans un pays déchiré par les conflits, la pauvreté, les crises politiques, le football est l'un des rares moments où 116 millions de personnes battent à l'unisson. La concentration reste totale à Liège, où chaque entraînement, chaque passe, chaque frappe rapproche un peu plus les Fauves de leur rêve.

Le Stade de France a accueilli Fally Ipupa en mai 2026. Le NRG Stadium de Houston accueillera les Léopards en juin 2026. Dans les deux cas, c'est le même Congo qui se lève. Le même Congo qui prouve au monde qu'il existe au-delà de ses crises. Ce Mondial 2026, quel qu'en soit le résultat, appartient déjà à l'histoire.