Le débat autour du référendum en RDC prend une nouvelle tournure politique. Face à l’examen à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portant organisation du référendum, plusieurs figures de l’opposition congolaise haussent le ton et dénoncent ce qu’elles considèrent comme une tentative de modification de la Constitution.

Dans une déclaration politique faite mercredi 27 mai 2026 à Kinshasa, le groupe parlementaire Ensemble Pour La République, parti cher à l'opposant Moïse Katumbi, a annoncé la suspension de sa participation aux travaux parlementaires liés à cette proposition de loi. De leur côté, Delly Sessanga, Martin Fayulu et les membres de la Coalition Article 64 ont appelé la population à observer une journée « ville morte » le mercredi 3 juin prochain.

Ensemble dénonce une « violation de la Constitution »

Dans son communiqué, le groupe parlementaire Ensemble, dirigé par Christian Mwando, estime que le projet référendaire porté par la majorité présidentielle constitue une étape vers une révision constitutionnelle interdite par les articles 219 et 220 de la Constitution congolaise.

Les députés de cette formation politique affirment que l’objectif final serait notamment de modifier le nombre et la durée des mandats présidentiels, mais également de réduire les compétences constitutionnelles des provinces.

Selon Ensemble, cette initiative intervient dans un contexte particulièrement fragile pour la République démocratique du Congo, marqué par la guerre persistante dans l’Est du pays.

Le groupe évoque notamment l’occupation de plusieurs territoires par les rebelles du M23, l’armée rwandaise et les terroristes ADF, responsables, selon lui, de millions de morts, de déplacés et de réfugiés au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri ainsi que dans le Haut-Uele.

Les députés rappellent également que les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri demeurent sous état de siège.

Une suspension des travaux parlementaires

Face à cette situation, le groupe parlementaire Ensemble annonce suspendre sa participation aux travaux relatifs à la proposition de loi sur le référendum.

L’opposition institutionnelle demande également au Président Félix Tshisekedi, en sa qualité de garant de la Constitution, de renoncer à toute initiative susceptible, selon elle, de fragiliser davantage l’unité nationale.

Dans leur déclaration, les élus d’Ensemble considèrent la démarche actuelle comme « un complot contre la Constitution » et mettent en garde contre « un risque de balkanisation » de la RDC.

Martin Fayulu et Delly Sessanga appellent à une « ville morte »

Dans une autre déclaration politique, la Coalition Article 64, regroupant plusieurs associations, forces politiques et personnalités de l’opposition, a durci le ton contre le pouvoir en place.

Cette plateforme estime que toute tentative de changement de Constitution représente « une déclaration de guerre contre le peuple congolais ».

La coalition accuse directement le président Félix Tshisekedi de s’être « mis en rébellion contre la République » en poursuivant le projet référendaire.

S’appuyant sur l’article 64 de la Constitution, qui reconnaît le droit des citoyens de faire échec à toute prise de pouvoir ou exercice du pouvoir en violation de la Constitution, les opposants appellent la population à une première action de mobilisation prévue le mercredi 3 juin 2026.

Cette journée de « ville morte » devrait particulièrement concerner Kinshasa, où les organisateurs demandent aux habitants de rester chez eux afin de manifester leur opposition au projet.

Un climat politique de plus en plus tendu

Cette montée de tension intervient dans un contexte politique déjà marqué par les débats sur une éventuelle réforme constitutionnelle en RDC.

Depuis plusieurs mois, une partie de l’opposition accuse le pouvoir de préparer discrètement une révision de la Constitution afin de permettre un maintien prolongé du président au pouvoir.

La majorité présidentielle, de son côté, rejette ces accusations et affirme vouloir uniquement moderniser certains mécanismes institutionnels.

Mais à mesure que le débat avance au Parlement, le sujet du référendum en RDC devient l’un des principaux foyers de crispation politique dans le pays.

Entre crise sécuritaire et tensions institutionnelles

Cette nouvelle confrontation politique intervient également alors que la RDC continue de faire face à une grave crise sécuritaire dans sa partie orientale.

Les combats contre les groupes armés, les déplacements massifs de populations et les tensions diplomatiques avec le Rwanda alimentent déjà un climat de fragilité nationale.

Dans ce contexte, plusieurs acteurs politiques et membres de la société civile redoutent que l’ouverture d’un débat constitutionnel ne provoque une polarisation encore plus profonde de la scène politique congolaise.