Washington ne détourne pas le regard. Alors que l'épidémie d'Ebola continue de progresser dans l'est de la République démocratique du Congo, le Département d'État américain annonce une enveloppe supplémentaire de près de 38 millions de dollars pour renforcer la riposte. Ce nouveau financement porte le soutien direct total des États-Unis à plus de 200 millions de dollars pour cette seule épidémie. Un engagement financier qui fait des États-Unis le premier contributeur mondial à la réponse Ebola en RDC.
Cette annonce intervient dans un contexte épidémiologique tendu. Selon le rapport de l'Institut National de Santé Publique (INSP) publié le 7 juin 2026, l'épidémie compte désormais 515 cas confirmés cumulatifs, 91 décès et une létalité globale de 17,7%. Trois provinces sont touchées : l'Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
200 millions de dollars directs, plus d'un milliard dans la région
Un investissement massif et ciblé
Les 38 millions annoncés s'ajoutent à un effort financier américain déjà considérable. Mais le tableau complet est encore plus large. Ces fonds s'inscrivent dans une contribution globale des États-Unis de 1,8 milliard de dollars au Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), dont 350 millions spécifiquement dédiés à la réponse Ebola et à l'aide humanitaire en RDC, au Soudan du Sud et en Ouganda. Une annonce faite le 14 mai précédent.
Autrement dit, la lutte contre Ebola en RDC ne se résume pas à quelques millions saupoudrés. C'est un dispositif d'envergure internationale, articulé autour de plusieurs organisations partenaires, qui opère simultanément sur le terrain sanitaire, logistique, communautaire et humanitaire.
Ce qui se passe concrètement sur le terrain
Dépistage aux frontières et surveillance
L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) déploie plus de 100 agents de dépistage dans 13 points d'entrée en Ouganda. En RDC, elle finance des améliorations infrastructurelles dans les aéroports pour renforcer la capacité de surveillance épidémiologique des autorités sanitaires. Des thermo-scanners, du matériel de communication et des kits d'hygiène ont été acheminés vers les aéroports congolais.
Traçage des contacts et éducation communautaire
C'est peut-être l'action la plus décisive. En matière d'Ebola, chaque contact identifié est un foyer potentiel évité. Des partenaires financés par Washington ont récemment identifié et contacté des dizaines de personnes-contacts dans la zone de santé de Bunia. Par ailleurs, l'ONG World Vision a touché plus de 400 000 personnes à travers des campagnes de porte-à-porte dans des marchés, des églises et des centres de santé. Elle a également formé près de 400 volontaires communautaires à la détection et à la prévention du virus.
En parallèle, le programme Momentum Integrated Health Resilience forme plus de 1 500 acteurs à Goma et dans cinq zones de santé frontalières : agents de santé, travailleurs d'assainissement, enseignants, leaders religieux, guérisseurs traditionnels et chauffeurs de transport. Une approche multisectorielle qui reconnaît que l'Ebola ne se combat pas seulement dans les centres de traitement.
Capacités de diagnostic rapprochées du terrain
L'un des points de friction majeurs dans la riposte Ebola est le délai entre suspicion et confirmation de cas. Plus ce délai est long, plus la chaîne de transmission s'allonge. Pour y répondre, FHI 360 a déployé une machine de diagnostic à Mongbwalu, rapprochant les capacités de test du lieu de soin. Cette décentralisation du diagnostic est cruciale dans une région où les distances, les routes impraticables et l'insécurité rendent le transport d'échantillons vers les laboratoires centraux extrêmement difficile.
Soins aux patients et sépultures dignes
L'International Medical Corps (IMC) a formé 125 agents de santé communautaires et de première ligne à identifier les signes et symptômes d'Ebola, à isoler en sécurité les patients suspects et à protéger le personnel soignant dans les centres de traitement. Ces équipes ont déjà réalisé le dépistage de 540 individus à ce jour.
Un autre aspect souvent méconnu de la riposte : les sépultures sûres et dignes (SSD). Les corps des victimes d'Ebola restent contagieux après le décès. Des équipes spécialisées sont déployées pour assurer des inhumations qui protègent les familles et les communautés. Des campagnes de sensibilisation accompagnent ce travail, dans des régions où le rituel funéraire tient une place centrale dans la vie sociale.
L'UNICEF a de son côté formé plus de 650 agents de santé communautaires dans les zones de santé de Bunia et Rwampara. Le Programme alimentaire mondial (PAM) assure l'alimentation des patients, soignants, contacts et personnels de santé dans les centres de traitement et d'isolement.
Protéger les Américains : la dimension consulaire
Une procédure d'aide aux ressortissants
Washington ne se limite pas à financer la riposte. Le Département d'État a publié des directives pour assister les ressortissants américains exposés au virus en RDC, au Soudan du Sud ou en Ouganda. Un processus volontaire leur permet de solliciter une aide pour quitter ces pays. Les ambassades américaines continuent de diffuser les informations de santé et de sécurité les plus récentes. Les citoyens américains sont encouragés à s'inscrire au programme STEP (Smart Traveler Enrollment Program).
Une épidémie au carrefour de toutes les crises
Ce qui rend cette épidémie particulièrement redoutable, c'est son contexte. L'Ituri est déjà meurtri par les attaques des ADF. Le Nord-Kivu est sous occupation du M23. Les déplacements massifs de populations créent des conditions idéales pour la propagation virale. La commissaire européenne Hadja Lahbib avait résumé la situation d'une formule saisissante lors de sa visite à Bunia : « une guerre dans la guerre ».
Dans ce contexte, les 38 millions de dollars supplémentaires du Département d'État ne sont pas une solution. Ils sont un filet de sécurité indispensable pour des équipes qui tiennent, sur le terrain, une ligne de front que peu de gens voient et que beaucoup ignorent. Jusqu'à ce que les frontières ferment, les matchs s'annulent, et que le monde réalise que l'est du Congo brûle depuis trop longtemps pour trop peu d'attention.


