Quand l'Église catholique congolaise parle, c'est le plus souvent par sa voix. Secrétaire général et porte-parole de la CENCO, Mgr Donatien Nshole est depuis des années l'homme des missions impossibles de l'épiscopat : négociateur des grandes crises politiques, artisan — avec les protestants de l'ECC — du « Pacte social pour la paix », interlocuteur de Tshisekedi comme de Kagame et des rebelles de l'AFC/M23, qu'il est allé rencontrer jusqu'à Goma occupée. À l'heure où le dialogue national place les confessions religieuses au centre du jeu, portrait du diplomate en col romain le plus sollicité du Congo.
L'homme des médiations : de la Saint-Sylvestre au Pacte social
Prêtre et théologien, Mgr Donatien Nshole occupe de longue date le secrétariat général de la CENCO, le poste-clé d'où se coordonne l'action publique des évêques catholiques — et d'où sont parties toutes les grandes médiations de l'Église, à commencer par celle qui accoucha de l'accord de la Saint-Sylvestre fin 2016, évitant au pays l'implosion après le glissement du calendrier électoral. Porte-parole attitré de l'épiscopat, il est devenu au fil des crises le visage médiatique de l'institution : c'est lui qui lit les messages des plénières, lui qui affronte les micros après chaque scrutin contesté, lui encore que les services de l'État convoquent quand la parole des évêques dérange — comme en février 2025, lorsqu'il fut auditionné au Conseil national de sécurité après un incident de rétention de son passeport à Lubumbashi et un communiqué dénonçant la stigmatisation des populations swahiliphones.
2025 : la navette de la dernière chance
C'est dans la pire séquence sécuritaire de la décennie que Nshole a pris sa dimension actuelle. Après la chute de Goma, la CENCO et l'Église du Christ au Congo (ECC) lancent le « Pacte social pour la paix et le bien vivre-ensemble en RDC et dans les Grands Lacs » — présenté à Félix Tshisekedi le 3 février 2025, puis porté dans une navette diplomatique sans précédent pour des hommes d'Église : rencontre avec les dirigeants de l'AFC/M23 et Corneille Nangaa à Goma occupée le 12 février, entretien de plus de deux heures avec Paul Kagame à Kigali, tournée des capitales de la sous-région. Le credo du prélat, répété face aux critiques qui soupçonnent un agenda : les rebelles « sont quand même nos compatriotes », et « on ne saura pas avoir la paix sans eux ». En mai 2025, l'initiative se précise en une proposition de « Forum national de consensus » :
2026 : l'Église au centre du dialogue — et en vigie de la Constitution
Le processus de dialogue national lancé le 27 août 2026 par le chef de l'État doit beaucoup à ce travail de sape pacifique — et confie précisément aux confessions religieuses un rôle charnière dans son dispositif, consécration de deux années de plaidoyer œcuménique. Mais Nshole et les évêques n'ont pas rangé leur vigilance pour autant : tout au long de 2026, la CENCO a réaffirmé son « droit de jugement moral » sur la conduite des affaires publiques, redit — preuves onusiennes à l'appui — le soutien du Rwanda au M23, et appelé, lors de sa plénière extraordinaire de juin, à passer « de la culture de la puissance à la culture de la négociation », en citant l'encyclique du pape Léon XIV — tout en mettant en garde contre les velléités de changement de la Constitution. Un équilibrisme parfaitement assumé : accompagner le dialogue voulu par le pouvoir, sans jamais lui signer de chèque en blanc.
Entre un pouvoir qui a besoin de la caution morale des Églises pour crédibiliser son dialogue, une opposition C64 qui le rejette, et une rébellion qui ne parle qu'aux médiateurs qu'elle respecte, le secrétaire général de la CENCO occupe une position unique : il est l'un des seuls Congolais à avoir l'oreille de tous les camps. La réussite — ou l'échec — de la séquence politique qui s'ouvre se jouera en partie dans son bureau du Centre interdiocésain.
Donatien Nshole en dates
Au secrétariat général de la CENCO lors de la médiation historique qui aboutit à l'accord de la Saint-Sylvestre.
Secrétaire général et porte-parole de l'épiscopat à travers les crises électorales de 2018 et 2023.
Présentation à Félix Tshisekedi du Pacte social pour la paix, porté avec l'ECC.
Rencontre avec les dirigeants de l'AFC/M23 à Goma occupée, puis entretien avec Paul Kagame à Kigali et tournée sous-régionale.
Audition au Conseil national de sécurité — pacte social, incident du passeport à Lubumbashi, dénonciation de la stigmatisation des swahiliphones.
La CENCO propose un « Forum national de consensus » pour refonder l'État.
Plénière extraordinaire : appel à la « culture de la négociation » et mise en garde contre un changement de Constitution.
Les confessions religieuses au cœur du dispositif du dialogue national — l'heure de vérité de deux ans de plaidoyer.
Le diplomate en col romain
Ni évêque diocésain, ni homme politique, Donatien Nshole a inventé sa propre fonction : celle d'un diplomate permanent de la paix congolaise, adossé à la seule institution qui maille tout le territoire et parle à tous les camps. Ses détracteurs — il en a, dans la majorité comme dans l'opposition — l'accusent tour à tour de complaisance envers le pouvoir ou envers la rébellion ; c'est peut-être la meilleure preuve qu'il tient sa ligne : celle, inconfortable par définition, du médiateur. L'histoire des prochains mois dira si le pari de sa vie — faire dialoguer des Congolais qui ne veulent plus se parler — était de la lucidité ou de la foi. Sans doute, répondrait-il, les deux.





