Ils auraient pu rester chez eux. Ils ont choisi d'y aller. Ce jeudi 4 et vendredi 5 juin 2026, plus de 90 000 élèves de sixième année primaire ont composé dans la province éducationnelle de Nord-Kivu 2 pour l'Examen National de Fin d'Études Primaires (ENAFEP). Dehors, la guerre continue. Les ADF attaquent. Le M23 affronte les FARDC. Et pourtant, dans 374 centres de passation à travers la province, des enfants ont pris leurs stylos et composé. Un acte ordinaire. Un acte de résistance.
90 856 candidats, dont une majorité de filles
Des chiffres qui racontent une volonté
Selon les statistiques communiquées par le proved Norbert Bisimwa, la province éducationnelle de Nord-Kivu 2 enregistre 90 856 candidats pour cette session 2026.
Parmi eux, 48 232 sont des filles. Soit plus de la moitié des candidats. Un chiffre notable dans une région où la scolarisation des filles reste fragilisée par les déplacements, les violences et la pauvreté.
Ces élèves sont répartis dans 374 centres de passation dispersés sur l'ensemble de la province. Certains se trouvent dans des zones directement affectées par les combats.
Nord-Kivu dans son ensemble : 168 139 candidats
Au-delà de Nord-Kivu 2, c'est toute la province du Nord-Kivu qui a mobilisé ses élèves pour cet examen. Le total provincial s'élève à 168 139 candidats, dont 85 641 filles, répartis dans 674 centres.
Ces chiffres témoignent d'un effort logistique considérable de la part des autorités éducatives, dans un contexte où les déplacements de population ont affecté des centaines de milliers de familles.
Composer sous les bombes
Les ADF et le M23 en toile de fond
L'organisation de cet examen n'a rien d'anodin. Dans l'est de la RDC, deux menaces sécuritaires majeures coexistent.
D'un côté, les Forces démocratiques alliées (ADF) multiplient les attaques contre les populations civiles dans les territoires de Béni et Lubero. De l'autre, les affrontements entre les FARDC et les rebelles du M23 continuent de déstabiliser les territoires de Rutshuru et Masisi.
Malgré ces menaces, les autorités ont maintenu le calendrier national de l'ENAFEP. Elles ont assuré la sécurité des centres dans les zones accessibles. Certains élèves ont dû parcourir des kilomètres pour rejoindre un centre de passation.
Ebola : des mesures préventives dans les centres
La menace sécuritaire n'est pas la seule à peser sur cet examen. La présence de la maladie à virus Ebola dans certaines zones de l'est du pays a contraint les autorités à renforcer les protocoles sanitaires.
Ainsi, dans chaque centre de passation, des mesures strictes de prévention ont été mises en place. Elles visent à protéger les candidats, les enseignants et les surveillants. Un effort supplémentaire, dans un contexte déjà éprouvant.
Pourquoi l'ENAFEP compte autant
La porte d'entrée vers le secondaire
L'ENAFEP n'est pas un examen comme les autres. C'est la évaluation qui clôture le cycle primaire en RDC. Sans elle, pas d'accès à l'enseignement secondaire.
Pour des dizaines de milliers de familles congolaises, cet examen représente des années d'efforts, de sacrifices financiers et d'espérance. Chaque candidat qui compose représente une famille qui a tenu bon.
Un message des autorités éducatives
Lors du lancement officiel des épreuves, les responsables du secteur éducatif ont livré un message simple aux candidats. Travailler dans le calme. Composer avec sérénité. Se concentrer sur l'essentiel.
Un message presque banal, dans une situation qui ne l'est pas. Car composer sereinement quand la guerre est aux portes de la ville demande un courage que peu d'enfants dans le monde sont appelés à déployer.
Les résultats de cet ENAFEP 2026 seront publiés dans les prochaines semaines. Mais d'une certaine façon, le vrai résultat est déjà là : 90 856 enfants du Nord-Kivu ont composé. Malgré tout.




