Il avait été réhabilité, inauguré en grande pompe, présenté comme un signe de reprise en main des infrastructures par l'Office des Routes. Deux ans plus tard, le pont Ituri 2, situé sur la Route Nationale 44 reliant Mambasa à Beni, s'est éffondré une nouvelle fois ce dimanche 7 juin 2026. Une nouvelle fois. L'expression dit tout.
La circulation sur cet axe stratégique entre l'Ituri et le Nord-Kivu est à nouveau coupée. Et avec elle, les marchandises, les malades, les élèves, les vivres. Tout ce que transporte une route dans une région déjà éprouvée par l'insécurité, la maladie et les crises à répétition.
Une inauguration en fanfare, un effondrement deux ans plus tard
Le pont avait été réhabilité en 2024
Selon les informations relayées par la Nouvelle Société Civile Congolaise, le pont Ituri 2 avait été réhabilité et officiellement inauguré le 20 mars 2024 par l'Office des Routes. À l'époque, la coupure avait duré plusieurs années — paysans privés de marchés, malades bloqués, commerce étranglé. La réouverture avait suscité un soulagement réel dans la population.
Cependant, cette réhabilitation était contestée avant même l'effondrement. Des acteurs de la société civile affirment avoir alerté à plusieurs reprises sur l'état du pont. Ces signaux d'alarme, s'ils sont avérés, posent une question directe : pourquoi rien n'a été fait ?
La société civile s'était pourtant alarmée
Me Jospin Paluku Mbowa, avocat et membre de la société civile, a réagi avec vigueur à l'effondrement. Il souligne que l'incident survient dans un contexte déjà difficile. Les attaques armées des ADF dans plusieurs zones du territoire de Mambasa fragilisent les déplacements. Les populations se retrouvent prises entre deux étaux : l'insécurité d'un côté, le pont impraticable de l'autre.
La RN44 : une artère vitale coupée
Ce que représente cet axe
La Route Nationale 44 n'est pas qu'un chemin de terre. C'est le cordon ombilical qui relie l'Ituri au Nord-Kivu. Sur cet axe circulent les vivres des marchés de Beni, le bétail, les médicaments vers les centres de santé, les étudiants vers les écoles. C'est aussi la route qu'empruntent les équipes médicales de la riposte Ebola dans une région où l'épidémie sévit activement.
Ainsi, l'effondrement de ce pont risque de perturber considérablement le transport des personnes et des marchandises entre les deux provinces. Toutefois, l'impact va bien au-delà de l'économie. Dans un territoire où les ADF attaquent régulièrement les civils, une route coupée c'est aussi une population plus vulnérable, plus isolée, moins capable de fuir en cas d'attaque.
Des autorités silencieuses
Au moment de la publication de cet article, aucune autorité compétente n'avait encore réagi officiellement. Ni les causes de l'effondrement, ni les mesures envisagées pour rétablir la circulation n'avaient été communiquées. Ce silence est lui-même une information.
Ce que demande la société civile
Des matériaux modernes et des normes respectées
La Nouvelle Société Civile Congolaise formule deux exigences claires. D'abord, que la reconstruction du pont soit réalisée avec des matériaux modernes et durables. Ensuite, que les futurs travaux soient exécutés dans le respect strict des normes techniques requises. Deux exigences qui sous-entendent une évidence : ce n'était pas le cas lors de la réhabilitation de 2024.
La question de fond est plus large. En RDC, des ponts s'effondrent régulièrement. Certains ont été réhabilités plusieurs fois, toujours avec les mêmes résultats. La Cour des comptes et les organisations de la société civile dénoncent depuis des années les marchés publics attribués sans véritable contrôle de la qualité d'exécution. Le pont Ituri 2, s'il confirme ce schéma, n'est pas une accident. Il est un symptôme.
Pour les habitants de Mambasa et des zones voisines, l'urgence est ailleurs. Ils attendent qu'une solution provisoire soit rapidement mise en place pour permettre au moins le passage des pirogues, des motos et des petits véhicules. Chaque jour de coupure est un marché manqué, un malade non transporté, un enfant privé d'école. Dans l'est du Congo, ces pertes-là ne font jamais la une — mais elles s'accumulent, silencieusement, dans des vies que personne ne compte.




