Tout sur la province du Lualaba : géographie, mines de cobalt et de cuivre, Kolwezi, Glencore, CMOC, creuseurs artisanaux et enjeux de transformation locale.
Le Lualaba est la province la plus stratégique de la RDC sur l'échiquier mondial des minerais critiques. Elle produit le cobalt qui alimente les véhicules électriques du monde entier. Mais entre mines industrielles chinoises et artisanaux qui creusent à la main, entre richesses du sous-sol et pauvreté des habitants, la province incarne toutes les contradictions du développement africain.
Il existe une province en Afrique centrale dont le nom est presque inconnu du grand public mondial. Pourtant, elle est présente dans chaque voiture électrique qui sort d'une usine en Chine, en Europe ou aux États-Unis. Elle est dans votre téléphone. Dans votre ordinateur. Dans les satellites qui tournent au-dessus de nos têtes. Cette province, c'est le Lualaba. Et son secret, c'est le cobalt.
Née en 2015 du découpage de l'ancien Katanga, la province du Lualaba est aujourd'hui l'un des espaces économiques les plus stratégiques du monde. Elle produit environ 80% du cobalt de la RDC, qui elle-même fournit 76% du cobalt mondial. Son chef-lieu, Kolwezi, est surnommée « capitale mondiale du cobalt ». Autour d'elle, des dizaines de mines industrielles et des milliers de creuseurs artisanaux extraient chaque jour les minerais qui alimentent la transition énergétique planétaire.
Paradoxe absolu : la province la plus riche du Congo en ressources naturelles reste l'une des plus pauvres en termes de revenus par habitant. Ses minerais partent à l'état brut. Ses habitants ne voient pas la valeur ajoutée. Sa gouverneure, Fifi Masuka Saini, se bat depuis des années pour changer cette logique. Ce guide est l'histoire de cette tension-là.
Le Lualaba n'existe administrativement que depuis le 30 juin 2015. Cette date marque l'entrée en vigueur du découpage de l'ancien Katanga en quatre nouvelles provinces : le Lualaba, le Haut-Katanga, le Haut-Lomami et le Tanganyika. Le Lualaba hérite de la partie ouest de l'ancien Katanga, avec Kolwezi comme chef-lieu. Sa superficie est de 168 978 km². Il partage ses frontières avec la Zambie au sud et l'Angola à l'ouest. Il borde également les provinces du Kasai, du Haut-Katanga et du Haut-Lomami.
Kolwezi est une ville à part. Elle n'a pas l'histoire de Lubumbashi, ni la taille de Kinshasa. Mais elle a quelque chose qu'aucune autre ville africaine ne possède : une concentration unique de gisements de cobalt et de cuivre à haute teneur. La mine de Kamoto (Glencore / Gécamines), située à l'ouest de Musonoi, est la plus grande mine de cobalt active au monde. Elle a produit 270 000 tonnes de cuivre et 23 900 tonnes de cobalt en 2020. La mine KOV (Glencore) possède certains des minerais de cuivre à plus haute teneur au monde. La mine de Deziwa (CNMC / Gécamines), ouverte en 2020, contient estimés 4,6 millions de tonnes de cuivre et 420 000 tonnes de cobalt.
À quelques kilomètres des mines industrielles blindées de caméras et de clotûres électriques, des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants creusent à la main. Ce sont les creuseurs artisanaux. À Mulondo seule, plus de 6 000 creuseurs s'activent quotidiennement. Certains gagnent 2 dollars par jour. D'autres moins. Ils sont la face cachée de la transition énergétique mondiale : sans eux, les volumes de cobalt disponibles seraient insuffisants pour répondre à la demande mondiale. Avec eux, les questions de droits humains, de travail des enfants et de conditions de sécurité entachent l'image de la RDC à l'étranger.
En novembre 2025, le drame de Mulondo a révélé cette réalité au grand jour. Un éboulements dans la mine a fait des victimes. Le ministre des Mines, Louis Watum, a réagi en suspendant toute exploitation artisanale du cuivre et du cobalt. La mesure a paralysé toute la chaîne de valeur artisanale. Des dizaines de milliers de familles se sont retrouvées sans revenu du jour au lendemain. La tension sociale a monté. Le ministre a promis 64 Zones d'Exploitation Artisanale régulées. Les creuseurs attendent toujours.
Au Katanga Business Meeting 2026 tenu à Kolwezi, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, a porté un plaidoyer direct. Sa thèse : « La RDC doit transformer davantage ses ressources sur place afin de créer des emplois et capter une part plus importante de la richesse générée. » Elle a appelé les investisseurs à « convertir les engagements en projets tangibles ». Ce discours résume l'enjeu fondamental : le Lualaba exporte des minerais bruts. Il importe des produits manufacturés. La valeur ajoutée se crée ailleurs. Et les habitants restent pauvres.