Le 27 juin 2025, une scène inattendue s'est déroulée à Washington. Les ministres des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo et du Rwanda ont signé un accord de paix bilatéral, sous la supervision du secrétaire d'État américain Marco Rubio. Après des années de guerre par procuration, d'accusations mutuelles et d'échecs diplomatiques, les deux pays ennemis signaient la paix sur les bords du Potomac.
Le contexte : après l'échec de Luanda
L'accord de Washington est né de l'échec du processus de Luanda. En décembre 2024, le président rwandais Paul Kagame avait refusé de se présenter à Luanda pour signer un accord de paix avec la RDC, créant une impasse diplomatique à un moment où les combats s'intensifiaient autour de Goma. La prise de Goma en janvier 2025 a changé la donne : face à une pression internationale massive, les États-Unis ont pris la main sur le processus de paix.
Ce que prévoit l'accord
L'accord de Washington est un accord bilatéral RDC-Rwanda. Il ne lie pas directement le M23, mais pose les conditions d'une normalisation des relations entre Kinshasa et Kigali. Il prévoit :
- Le désengagement progressif des forces armées des deux pays
- La protection des civils dans les zones de conflit
- Le retour des personnes déplacées et des réfugiés
- Un mécanisme de suivi conjoint pour vérifier l'application
- La neutralisation des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) présentes en RDC
Le rôle des États-Unis
L'implication américaine dans cet accord est significative. L'administration Trump, sous la houlette de Marco Rubio, a structuré les négociations autour d'incitations économiques concrètes : des promesses d'investissements américains dans les secteurs miniers des deux pays, et des menaces de sanctions supplémentaires en cas de non-respect. La RDC, de son côté, avait offert à Washington un accès privilégié à ses minéraux stratégiques — cobalt, coltan, lithium — en échange de son appui diplomatique.
Les limites de l'accord
L'accord de Washington présente des limites importantes. Il ne règle pas directement le problème M23 : le groupe armé n'est pas signataire. C'est pourquoi le processus de Doha, mené en parallèle par le Qatar, vise spécifiquement les négociations entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23. Les deux processus sont complémentaires mais distincts. Des chercheurs du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) soulignent que les accords se succèdent depuis 2013 sans que les populations de l'est ne voient de changement concret.
Ce qu'il s'est passé ensuite
L'accord de Washington a ouvert la voie à la déclaration de principes de Doha signée le 19 juillet 2025, puis à l'accord-cadre de Doha du 15 novembre 2025 entre gouvernement congolais et AFC/M23. Ces trois textes forment l'architecture de paix la plus ambitieuse depuis les accords de Nairobi de 2013. Leur mise en œuvre effective reste le défi principal en 2026.




