La mission est claire. Les mots du chef de l’État, eux, ne laissent aucune place à l’interprétation. Ce lundi 8 juin 2026, Félix Tshisekedi a reçu à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa le général-major Gaby Kasongo Mulumba, tout juste nommé gouverneur militaire de la province de l’Ituri. Le message présidentiel est sans équivoque : rétablir la paix, l’ordre et la sécurité publics. Et le faire urgemment.

Une province sous double pression

L’Ituri, entre guerre et épidémie

L’Ituri est l’une des provinces les plus éprouvées de la RDC. D’un côté, les attaques répétées des ADF continuent de déstabiliser des pans entiers du territoire, forçant des milliers de civils à fuir leurs villages. De l’autre, l’épidémie d’Ebola Bundubugyo, déclarée officiellement le 15 mai 2026, progresse. Selon le rapport de l’INSP publié le 7 juin, 17 des 36 zones de santé de la province sont touchées.

C’est dans ce contexte que la nomination d’un gouverneur militaire prend tout son sens. La province est placée sous autorité militaire directe. C’est un signal fort : Kinshasa reconnaît que la situation ordinaire des institutions civiles ne suffit plus.

Les instructions du président

Félix Tshisekedi a instruit le général-major Kasongo de répondre à trois priorités concrètes. Premièrement, rétablir la paix de manière durable — pas un cessez-le-feu provisoire, mais une sécurité structurelle. Deuxièmement, restaurer l’ordre et la sécurité publics. Troisièmement, faciliter le retour des déplacés dans leurs milieux d’origine. Sur ce dernier point, l’Ituri compte des dizaines de milliers de personnes déplacées, entassées dans des camps où l’arrivée d’Ebola a aggravé une situation humanitaire déjà précaire.

Ebola : le nouveau gouverneur en première ligne

« Faciliter le travail des équipes »

Sur la question sanitaire, le général-major Kasongo a été explicite. Il a déclaré « avoir reçu des consignes pour faciliter le travail des équipes qui sont à l’œuvre pour endiguer l’épidémie et ouvrir d’autres centres de traitement dans les zones qui n’en disposent pas encore ».

Cette déclaration va dans le sens des demandes répétées des acteurs humanitaires. Les équipes médicales de l’OMS, de l’UNICEF et des partenaires financés par l’Union européenne et les États-Unis opèrent dans des zones où l’insécurité limite sévèrement leur accès. Un gouverneur militaire qui s’engage à faciliter leur travail, c’est une garantie de protection des couloirs humanitaires. Autrement dit, c’est exactement ce dont la riposte avait besoin.

Des centres de traitement à ouvrir d’urgence

La promesse d’ouvrir de nouveaux centres de traitement dans les zones non couvertes est particulièrement importante. Selon les données officielles de l’INSP, 17 zones de santé de l’Ituri sont actives. Plusieurs d’entre elles n’ont pas encore de structure d’isolement et de prise en charge sur place. Chaque patient qui doit être transféré sur de longues distances est un risque de contamination supplémentaire. Rapprocher les soins du terrain, c’est ralentir la chaîne de transmission.

Un gouverneur militaire : ce que ça signifie

La nomination d’un gouverneur militaire en Ituri n’est pas une première. La province a déjà été placée sous état de siège à plusieurs reprises depuis 2021, conjointement avec le Nord-Kivu. Ce régime d’exception, renouvelé régulièrement par l’Assemblée nationale, donne au gouverneur militaire des pouvoirs étendus : contrôle des déplacements, réquisition de biens, restriction des libertés publiques si la sécurité l’exige.

Toutefois, l’efficacité de ces régimes d’exception fait débat. Depuis 2021, l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu a été prolongé plus de cinquante fois. Les attaques des ADF n’ont pas cessé. Les déplacements n’ont pas diminué. La question que beaucoup posent aujourd’hui est la même qu’il y a trois ans : un nouveau gouverneur militaire changera-t-il réellement la donne ?

Le général-major Gaby Kasongo Mulumba prend ses fonctions dans l’une des conjonctures les plus difficiles de l’histoire récente de la province. Guerre et épidémie simultanées. Populations épuisées. Confiance érodée. Les instructions présidentielles sont là. Il reste à les traduire en réalité sur le terrain de Bunia, de Mambasa, de Komanda et de dizaines d’autres localités que les cartes élàborent mais que la paix n’a pas encore atteint.