Depuis 2022, le Groupe d'experts des Nations unies sur la RDC a publié une série de rapports qui ont progressivement transformé le débat sur le conflit M23. Ce que les autorités congolaises accusaient depuis des années — le soutien militaire du Rwanda au M23 — est passé du statut d'allégation politique à celui de conclusion documentaire. Voici ce que contiennent ces cinq rapports, un par un.

Rapport 1 : Août 2022 (S/2022/573) — les premières preuves

C'est le rapport fondateur. Pour la première fois, le Groupe d'experts fournit des preuves visuelles concrètes : photos et vidéos de soldats des Forces rwandaises de défense (RDF) présents sur le territoire congolais dans le territoire de Rutshuru. Le rapport établit également que certains membres des FARDC ont combattu aux côtés de la coalition contre le M23, à côté des FDLR. Le Rwanda nie toutes les accusations.

Rapport 2 : Décembre 2022 (S/2022/931) — les interventions directes

Un second rapport, quelques mois plus tard, confirme des interventions militaires directes de l'armée rwandaise en RDC, tant en appui au M23 que pour combattre les FDLR. Le rapport établit la présence et les opérations militaires des RDF dans le territoire de Rutshuru avec des « preuves solides ». C'est la deuxième confirmation en quatre mois.

Rapport 3 : Juin 2023 (S/2023/431) — les sanctions

Le rapport de juin 2023 a des conséquences concrètes : des sanctions internationales sont imposées contre le général rwandais Andrew Nyamvumba et le capitaine Jean-Pierre Niragire (alias Gasasira) pour leur rôle dans le soutien au M23. C'est la première fois que des officiers rwandais nommants sont visés par des sanctions internationales pour leur implication dans le conflit congolais.

Rapport 4 : Juin 2024 (S/2024/432) — le plus accablant

C'est le rapport le plus complet et le plus dévastateur pour le Rwanda. Il estime entre 3 000 et 4 000 le nombre de militaires rwandais présents en RDC, conclut que les RDF ont pris le commandement effectif des opérations du M23, et déclare le Rwanda responsable des actes du groupe rebelle. Sur le plan économique, il note une hausse de 50% des exportations rwandaises de coltan en 2023. Un rapport confidentiel cite l'entreprise Boss Mining Solution dans le trafic de minéraux pillés.

Rapport 5 : Juillet 2025 (S/2025/446) — Goma et Bukavu

Le rapport final de juillet 2025 confirme le rôle déterminant des Forces rwandaises de défense dans la prise de Goma (janvier 2025) et de Bukavu (février 2025), avec à l'appui des images, vidéos et témoignages. Il documente également l'utilisation d'armements sophistiqués — missiles guidés Spike, brouilleurs GPS — fournis par le Rwanda. L'OHCHR publie en parallèle un rapport sur les crimes de guerre potentiels dans le Kivu.

La position du Rwanda face à ces rapports

Kigali a systématiquement réfuté les conclusions de chaque rapport, les qualifiant de partiaux ou mal documentés. La stratégie rwandaise consiste à invoquer la présence des FDLR en RDC pour justifier ses incursions militaires. Mais après cinq rapports consécutifs en trois ans, avec des preuves photographiques, des données économiques et des témoignages concordants, cette position est de plus en plus difficile à tenir sur la scène internationale.