Politique nationale • Constitution • Kinshasa
🛡 CENCO — Consultations institutionnellesDelly Sesanga défend la Constitution de 2006 devant la CENCO et s'oppose à toute révision dans le contexte actuel
Delly Sesanga
Président du parti Envol — Opposition
Jean-Claude Tshilumbayi
UDPS — 1er vice-président de l'Assemblée nationale
Une Constitution présentée comme un pacte de paix, pas un simple texte
Pour Delly Sesanga, la Constitution du 18 février 2006 ne se résume pas à un document juridique. Elle est, à ses yeux, le fruit d'un long et douloureux processus historique qui a permis à la République Démocratique du Congo de sortir de décennies de crises politiques et de conflits armés. La remettre en cause aujourd'hui, c'est, selon lui, remettre en cause les fondements mêmes du contrat social congolais.
Il a rappelé devant les évêques de la CENCO que cette Constitution garantit aux citoyens des droits fondamentaux essentiels : le droit de choisir librement leurs dirigeants, et une protection contre l'arbitraire du pouvoir. Il la considère comme le principal rempart contre la personnalisation du pouvoir et les dérives autoritaires que la RDC a trop souvent connues par le passé.
L'état de siège et l'insécurité à l'Est : des conditions qui rendent toute révision illégitime
Sesanga a tenu à rappeler un fait que beaucoup semblent oublier dans ce débat : lui-même avait autrefois porté une proposition de révision constitutionnelle. Mais lorsque l'état de siège a été proclamé dans certaines provinces de l'Est du pays, il a volontairement retiré cette proposition. La raison est claire et constitutionnellement fondée : la loi fondamentale elle-même interdit toute révision constitutionnelle en période de siège ou lorsque l'intégrité du territoire national est menacée.
Conformément à l'article 219 de la Constitution, aucune révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsque la République est en état de siège ou d'urgence, ou lorsque l'intégrité du territoire national est menacée.
Dans ce contexte, envisager une réforme de la Constitution alors que des pans entiers du territoire congolais restent sous la menace de groupes armés est, selon lui, une démarche à la fois politiquement irresponsable et moralement contestable.
« Le problème du Congo n'est pas la Constitution »
C'est l'un des arguments les plus directs de Sesanga, et sans doute le plus percutant de son intervention. Pour l'opposant, ceux qui veulent changer la Constitution font fausse route : les difficultés de la RDC — l'insécurité à l'Est, la corruption endémique, les déficits de gouvernance, le sous-développement — ne trouvent pas leur origine dans le texte de 2006. La Constitution n'empêche ni la reconquête du territoire national, ni la lutte contre la corruption, ni une meilleure gestion des affaires publiques.
Ce qui fait défaut, selon lui, ce n'est pas l'absence de règles, mais la volonté politique de les respecter.
La limitation des mandats : un acquis démocratique non négociable
Sesanga a exprimé clairement ses craintes quant aux motivations réelles qui se cachent derrière les appels au changement constitutionnel. La limitation du nombre de mandats présidentiels est, à ses yeux, l'un des acquis les plus importants des luttes démocratiques menées par les Congolais depuis des décennies. Il constitue une garantie fondamentale contre la concentration du pouvoir entre les mains d'un seul homme.
Il a aussi mis en garde contre l'utilisation du référendum comme instrument de légitimation d'un projet politique personnel. Dans un vrai État de droit, toutes les institutions — y compris les plus hautes autorités élues — restent soumises aux règles de la Constitution. La souveraineté populaire, a-t-il insisté, doit renforcer les institutions démocratiques et non les contourner.
La CENCO comme espace de dialogue démocratique
Cette audition de Delly Sesanga s'inscrit dans le cadre des consultations menées par la CENCO auprès des différentes sensibilités politiques du pays. L'Église catholique congolaise joue depuis longtemps un rôle de médiation et de vigie démocratique dans la vie politique nationale. Sa prise de position sur le débat constitutionnel, attendue dans les prochains jours, est très surveillée par l'ensemble de la classe politique congolaise.





