C'est désormais officiel. Dans un communiqué publié ce 31 août, le ministère de la Justice confirme que Denise Dusauchoy a été arrêtée la veille en Tanzanie — non par des agents congolais, mais par les autorités tanzaniennes, en exécution d'un mandat d'arrêt délivré par la justice congolaise dans le cadre de la coopération judiciaire internationale. Le texte révèle surtout une information passée inaperçue : l'influenceuse était sous le coup de mandats d'arrêt internationaux émis dès la fin 2025, dans des dossiers pénaux instruits à Kinshasa et ayant donné lieu à trois commissions rogatoires vers la Belgique. Récit et décryptage d'une arrestation qui referme un an de cavale judiciaire — et ouvre de nouvelles questions.

📋 L'essentiel
L'arrestation 30 août 2026 en Tanzanie, par les autorités tanzaniennes
La base légale Mandat d'arrêt congolais, exécuté via la coopération judiciaire internationale
Confirmation Communiqué n° 0031 du ministère de la Justice, 31 août 2026
Les dossiers Dossiers pénaux en instruction au parquet de grande instance de Kinshasa/Gombe — la concernant, elle « et d'autres personnes »
Depuis quand Mandats d'arrêt internationaux émis dès octobre-novembre 2025
Présomption « Ne préjuge en rien de sa culpabilité », souligne le ministère

Ce que dit le communiqué officiel

Publié ce lundi 31 août sous le numéro 0031, le communiqué du ministère d'État, ministère de la Justice et Garde des Sceaux lève l'incertitude qui entourait l'interpellation : Denise Dusauchoy a été arrêtée le 30 août 2026 en République-Unie de Tanzanie par les autorités compétentes tanzaniennes, « en exécution d'un mandat d'arrêt délivré par les autorités judiciaires de la République démocratique du Congo, dans le cadre des mécanismes de coopération judiciaire internationale ». L'arrestation fait suite, précise le texte, « aux démarches judiciaires engagées » par Kinshasa « dans le cadre de dossiers pénaux en cours d'instruction ».

Le ministère salue « la qualité et l'efficacité de la coopération » entre les autorités congolaises et tanzaniennes, qui ont permis « l'exécution de cette mesure judiciaire dans le respect des procédures applicables », exprime sa reconnaissance à Dar es-Salaam pour sa « collaboration diligente », et réaffirme l'engagement de la RDC « dans la lutte contre l'impunité et pour l'effectivité de la justice ». Le texte se clôt sur une précaution notable :

L'arrestation de Mme Denise Dusauchoy constitue un acte de procédure judiciaire et ne préjuge en rien de sa culpabilité. — Communiqué n° 0031 du ministère de la Justice, Kinshasa, 31 août 2026, rappelant que l'intéressée « demeure bénéficiaire de la présomption d'innocence » jusqu'à une décision définitive

La révélation du communiqué : une femme recherchée depuis fin 2025

Au-delà de la confirmation, le communiqué apporte une information que rien n'avait rendue publique jusqu'ici : dès octobre et novembre 2025, le Procureur général près la Cour de cassation avait transmis aux autorités judiciaires belges trois commissions rogatoires internationales — ces demandes d'entraide par lesquelles une justice sollicite des actes d'enquête à l'étranger — relatives à des dossiers pénaux ouverts au parquet de grande instance de Kinshasa/Gombe concernant Denise Dusauchoy « et d'autres personnes ». Et surtout : des mandats d'arrêt internationaux avaient « également été émis dans le cadre de ces procédures ».

Autrement dit, l'influenceuse était activement recherchée par la justice congolaise depuis près d'un an — une donnée qui recontextualise toute la séquence récente : son installation hors de RDC, sa condamnation par défaut à Liège en juin dernier dans un dossier belge distinct, et jusqu'à sa présence en Tanzanie ce week-end. Le communiqué ne détaille en revanche ni la nature exacte des infractions instruites à Kinshasa/Gombe, ni l'identité des « autres personnes » visées, ni le lien éventuel entre ces dossiers et sa condamnation de décembre 2024 — des zones d'ombre que les prochains actes de procédure devraient éclaircir.

✓ Ce qui est désormais confirmé
  • L'arrestation du 30 août en Tanzanie, par les autorités tanzaniennes, sur mandat congolais.
  • Le cadre invoqué : la coopération judiciaire internationale, « dans le respect des procédures applicables » selon le ministère.
  • L'existence de dossiers pénaux en instruction à Kinshasa/Gombe la visant, elle et d'autres personnes.
  • Des mandats d'arrêt internationaux et trois commissions rogatoires vers la Belgique dès octobre-novembre 2025.
? Ce qui reste à établir
  • La nature précise des infractions reprochées dans les dossiers de Kinshasa/Gombe.
  • L'identité des « autres personnes » visées par les mêmes procédures.
  • Le calendrier et les modalités de sa remise à la RDC (procédure d'extradition tanzanienne, transfèrement).
  • La version de l'intéressée et de ses avocats, qui ne s'étaient pas exprimés à l'heure de publication.

Brazzaville 2024, Tanzanie 2026 : deux arrestations, deux méthodes

L'histoire offre un saisissant jeu de miroirs. Le 26 septembre 2024, Denise Dusauchoy avait été appréhendée à l'aéroport de Maya-Maya, à Brazzaville, alors qu'elle s'apprêtait à gagner l'Europe, puis remise dès le lendemain aux autorités congolaises et écrouée à Makala — une procédure éclair, sans cadre d'extradition publiquement documenté, que sa famille avait dénoncée à l'époque. Cette fois, le récit officiel est tout autre : un mandat d'arrêt, des mécanismes de coopération judiciaire, une arrestation opérée par l'État hôte lui-même, et un communiqué ministériel dans les vingt-quatre heures, présomption d'innocence rappelée.

Ce formalisme revendiqué n'est pas anodin : il répond par avance aux critiques qui avaient accompagné l'épisode de Brazzaville, et il engage Kinshasa sur le terrain des procédures — car une arrestation via la coopération internationale appelle en principe sa suite logique, une procédure de remise ou d'extradition devant les autorités tanzaniennes, avec les garanties qui s'y attachent. C'est sur le déroulement de cette étape que les défenseurs des droits et les avocats de l'intéressée concentreront leur attention.

Qui est Denise Mukendi Dusauchoy ? De la cour du pouvoir à la chute

Née Denise Kanjinga Mukendi, plus connue sous son nom d'épouse Dusauchoy, cette quinquagénaire au verbe haut s'est imposée comme l'une des figures les plus clivantes de la scène numérique congolaise : influenceuse très suivie, se présentant tour à tour comme journaliste, présidente d'association sportive et femme politique. Passée par le PPRD puis par un cabinet ministériel, candidate à la députation nationale en 2023, elle fonde son propre parti, les Forces Démocratiques pour le Développement (FDD), affilié à l'Union sacrée — et s'affiche alors, selon la presse congolaise, comme une proche du président Félix Tshisekedi et de la Première dame, dont elle défend bruyamment l'image sur les réseaux.

Le basculement survient à l'automne 2024. Dans une vidéo devenue virale, elle affirme avoir commandité l'arrestation, en 2022, de l'opposant Jacky Ndala — et soutient que celui-ci aurait subi un viol dans les locaux de l'ANR, dont elle se présente comme l'instigatrice. Le tollé est immense. Poursuivie, en fuite, arrêtée à Brazzaville, elle se rétracte intégralement devant le parquet, admettant avoir menti. Le 16 décembre 2024, le tribunal de paix de Kinshasa-Ngaliema la condamne à trois ans de prison pour propagation de faux bruits, faux en écriture et injures publiques. La suite est une descente aux enfers : polémique autour de vidéos intimes au printemps 2025, destitution de la présidence de son propre parti le 26 mai 2025 pour « immoralité, outrage et atteinte à la dignité du chef de l'État », mue en critique virulente du régime selon la presse belge — et, le 30 juin 2026, condamnation par défaut à trois ans ferme par la cour d'appel de Liège pour non-présentation d'enfant, un dossier familial belge remontant à 2017, sans lien avec ses affaires congolaises et non définitif tant que les voies de recours restent ouvertes.

🇨🇩 Kinshasa — Tribunal de paix de Ngaliema
16 décembre 2024
3 ans de prison pour propagation de faux bruits, faux en écriture et injures publiques, dans l'affaire des déclarations visant Jacky Ndala et les services de renseignement — déclarations qu'elle avait elle-même rétractées.
🇧🇪 Liège — Cour d'appel
30 juin 2026
3 ans ferme, par défaut, pour non-présentation d'enfant : départ de Belgique en 2017 avec sa fille sans l'accord du père, qui en avait l'hébergement principal. Jugement rendu en son absence, non définitif.
📌 Présomption d'innocence

Comme le rappelle le ministère de la Justice lui-même, l'arrestation « ne préjuge en rien » de la culpabilité de Denise Dusauchoy, qui bénéficie de la présomption d'innocence dans les dossiers en instruction jusqu'à une décision judiciaire définitive. Ses déclarations de 2024 visant Jacky Ndala et l'ANR ont été rétractées par elle-même et jugées mensongères par la justice congolaise : rien ne permet de les tenir pour établies. La rédaction se tient à la disposition de l'intéressée, de ses conseils et de toute partie citée pour un droit de réponse.

Chronologie : deux ans de chute, un an de mandats

Juin 2024

Lancement à Kinshasa de son parti, les Forces Démocratiques pour le Développement (FDD), affilié à l'Union sacrée.

Septembre 2024

Vidéo virale sur l'affaire Jacky Ndala ; fuite, arrestation le 26 septembre à Brazzaville, remise à Kinshasa, incarcération à Makala. Devant le parquet, elle se rétracte : « j'ai menti ».

16 décembre 2024

Condamnation à trois ans de prison par le tribunal de paix de Kinshasa-Ngaliema.

26 mai 2025

Destituée de la présidence du FDD par les instances de son propre parti, pour « immoralité, outrage et atteinte à la dignité du chef de l'État ».

Octobre-novembre 2025

Le Procureur général près la Cour de cassation transmet à la Belgique trois commissions rogatoires internationales liées à des dossiers pénaux ouverts à Kinshasa/Gombe la concernant, elle « et d'autres personnes » ; des mandats d'arrêt internationaux sont émis (révélé par le communiqué du 31 août 2026).

30 juin 2026

Condamnation par défaut à trois ans ferme par la cour d'appel de Liège, pour non-présentation d'enfant — un dossier belge distinct.

30 août 2026

Arrestation en Tanzanie par les autorités tanzaniennes, en exécution du mandat d'arrêt congolais.

31 août 2026

Le ministère de la Justice officialise l'arrestation (communiqué n° 0031), salue la coopération tanzanienne et rappelle la présomption d'innocence.

Ce que ce dossier dit — au-delà du personnage

La trajectoire de Denise Dusauchoy condense des questions qui dépassent son cas. Celle, d'abord, du sort des communicateurs de l'ombre lorsque le vent tourne : adulée tant qu'elle servait, lâchée dès sa chute, elle illustre la précarité de ces relais d'influence que les régimes consomment puis abandonnent. Celle, ensuite, de la méthode : en habillant cette arrestation des formes de la coopération judiciaire internationale — mandat, autorités hôtes, communiqué, présomption d'innocence —, Kinshasa tourne ostensiblement la page du précédent contesté de Brazzaville ; il lui reste à démontrer que le fond suivra la forme, dans une procédure de remise transparente et des poursuites dont les motifs seront enfin détaillés. Celle, enfin, que soulève la mention des « autres personnes » visées par les mêmes dossiers : l'affaire Dusauchoy n'est peut-être que la partie émergée d'une instruction plus large, dont les prochaines semaines diront l'ampleur. Sur tous ces points, la transparence promise par le communiqué n° 0031 constitue désormais un engagement — que chacun pourra mesurer aux actes.

🔄 Article actualisé

Article mis à jour le 31 août 2026 après la publication du communiqué officiel n° 0031 du ministère de la Justice, qui confirme l'arrestation et en précise le cadre. Prochaines étapes suivies par la rédaction : la procédure de remise à la RDC, la communication des chefs retenus dans les dossiers de Kinshasa/Gombe et la réaction de la défense.