Sécurité, défense, agriculture, eau, énergie, hautes technologies — et, en filigrane, la question la plus sensible de toutes : celle des ambassades. En visite de travail en Israël, Félix Tshisekedi s'est entretenu ce mardi à Jérusalem avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou puis avec le président Isaac Herzog, dix mois après la venue de ce dernier à Kinshasa. Entre le recueillement à Yad Vashem, la promesse d'un partenariat jugé « aux résultats » et l'évaluation des investissements israéliens jusque dans le corridor de Lobito, décryptage d'une visite qui consacre l'un des rapprochements diplomatiques les plus rapides de la présidence congolaise.

📋 L'essentiel
Quoi Visite de travail de Félix Tshisekedi en Israël, à l'invitation d'Isaac Herzog
Quand Arrivé le 31 août ; entretiens à Jérusalem ce mardi 1er septembre
Avec qui Le Premier ministre Benjamin Netanyahou, puis le président Isaac Herzog
Au menu Sécurité, défense, agriculture, infrastructures, énergie, hautes technologies
Moment fort Recueillement au mémorial de Yad Vashem, dédié aux victimes de la Shoah
Contexte Deuxième visite après 2021 ; Herzog était à Kinshasa le 11 novembre 2025

Deux entretiens au sommet, un même mot d'ordre : accélérer

Arrivé lundi 31 août à l'invitation de son homologue israélien, le chef de l'État congolais a enchaîné ce mardi les entretiens de haut niveau à Jérusalem. Face à Benjamin Netanyahou, d'abord — en tête-à-tête puis en délégations élargies —, les discussions ont balayé les dossiers de la sécurité et de la défense, de l'agriculture, des infrastructures, de l'énergie et des hautes technologies. « C'est une grande amitié que nous souhaitons approfondir encore plus », a lancé le Premier ministre israélien à l'entame de l'entrevue, les deux dirigeants saluant la consolidation d'un « partenariat stratégique » entre leurs pays.

Avec le président Isaac Herzog, Félix Tshisekedi a repris le fil des échanges noués lors de la visite du chef de l'État israélien à Kinshasa, le 11 novembre 2025. Le président congolais a énuméré les chantiers d'une coopération élargie : « l'agriculture et la sécurité alimentaire, l'eau, la santé, les technologies et l'innovation, la sécurité, la formation et l'investissement ». Et fixé le critère d'évaluation :

Notre ambition est de bâtir avec Israël un partenariat moderne, pragmatique et mutuellement bénéfique. — Félix Tshisekedi, Jérusalem, 1er septembre 2026 — un partenariat qui, a-t-il insisté, ne se mesurera « pas seulement aux accords signés », mais à leur mise en œuvre et à leurs résultats pour les deux peuples

Yad Vashem : le geste mémoriel avant la diplomatie

Avant ces entretiens, le président congolais s'est recueilli au mémorial de Yad Vashem, haut lieu de mémoire dédié aux six millions de victimes juives de la Shoah. Après la visite du Musée de l'Histoire de la Shoah et de la Salle des Noms, il a déposé une couronne de fleurs et ravivé la Flamme du Souvenir dans la crypte du mémorial — un geste par lequel Kinshasa réaffirme, selon la présidence, l'engagement de la RDC « contre l'antisémitisme, le génocide et toutes les formes de haine » et son attachement au devoir de mémoire. Un symbole qui prolonge celui de 2021, lorsque Félix Tshisekedi était devenu le premier chef d'État congolais à se recueillir à Yad Vashem — et qui résonne singulièrement pour un pays qui réclame lui-même, du rapport Mapping aux crimes de l'Est, la reconnaissance des tragédies subies par son peuple.

Un an de rapprochement accéléré — et la question des ambassades

Cette visite — la deuxième du président congolais en Israël après celle de 2021 — couronne une séquence diplomatique d'une rapidité remarquable. En septembre 2025, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, Félix Tshisekedi et Benjamin Netanyahou s'étaient rencontrés à New York ; selon la présidence congolaise, Israël s'y était engagé à ouvrir une ambassade à Kinshasa, le président congolais promettant en retour de transférer l'ambassade de la RDC de Tel-Aviv à Jérusalem une fois la représentation israélienne ouverte. Ont suivi la visite d'Isaac Herzog à Kinshasa en novembre 2025, puis, le 27 juillet 2026, la signature de mémorandums d'entente par la ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner — des textes dont la présente visite devait précisément « faire le point », tout en évaluant, selon la présidence, les opportunités d'investissement israélien dans le cadre du corridor de Lobito.

📌 Pourquoi la question de l'ambassade est si sensible

L'écrasante majorité des États maintiennent leurs ambassades à Tel-Aviv, le statut de Jérusalem étant l'un des nœuds du conflit israélo-palestinien et sa partie orientale étant revendiquée comme capitale par les Palestiniens. Seule une poignée de pays — les États-Unis en tête depuis 2018 — ont franchi le pas du transfert. Si Kinshasa concrétisait l'engagement rapporté de septembre 2025, la RDC rejoindrait ce cercle très restreint : un geste d'alignement diplomatique majeur, aux retombées attendues côté israélien et américain, mais qui ne manquerait pas de faire débat — au sein du monde arabo-musulman, de l'Union africaine, et dans l'opinion congolaise elle-même. À ce stade, aucun transfert n'a été annoncé officiellement.

Ce que chacun vient chercher

🇨🇩 Les attentes de Kinshasa
  • Sécurité et défense : expertise, technologies et formation, alors que l'Est du pays reste en guerre et que les processus de Doha et Washington piétinent.
  • Agriculture, eau, santé : le savoir-faire israélien (irrigation, agritech) au service de la sécurité alimentaire congolaise.
  • Technologies et investissements : attirer l'innovation israélienne, jusque dans les infrastructures du corridor de Lobito.
🇮🇱 Les intérêts d'Israël
  • Le retour en Afrique : la RDC, géant francophone de 100 millions d'habitants, est une porte d'entrée stratégique sur le continent.
  • Les ressources et les marchés : minerais critiques, grands chantiers, corridor de Lobito — des opportunités pour ses entreprises.
  • Les soutiens diplomatiques : dans un contexte régional et international sous haute tension, chaque partenariat africain compte — a fortiori s'il s'accompagne d'une ambassade à Jérusalem.

Chronologie : RDC-Israël, l'accélération

1982

Le Zaïre de Mobutu est l'un des premiers pays africains à rétablir ses relations diplomatiques avec Israël, rompues après la guerre de 1973.

2021

Première visite de Félix Tshisekedi en Israël — premier chef d'État congolais à se recueillir à Yad Vashem.

Septembre 2025

Rencontre Tshisekedi-Netanyahou à New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU : engagement rapporté d'une ambassade israélienne à Kinshasa, contre le transfert de l'ambassade congolaise à Jérusalem.

11 novembre 2025

Visite du président Isaac Herzog à Kinshasa.

27 juillet 2026

Signature de mémorandums d'entente par la ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner.

31 août - 1er septembre 2026

Visite de travail de Félix Tshisekedi : recueillement à Yad Vashem, entretiens avec Benjamin Netanyahou puis Isaac Herzog à Jérusalem.

Analyse : le pari du pragmatisme — et ses lignes de crête

La formule présidentielle — un partenariat qui ne se mesure pas « aux accords signés » mais aux résultats — n'est pas anodine : elle fait écho, mot pour mot, au diagnostic que Félix Tshisekedi posait le 27 août dans son adresse à la Nation, lorsqu'il reconnaissait que, dans l'histoire congolaise, « la signature a trop souvent été confondue avec l'action ». Appliquée à Israël, la grille est claire : après les mémorandums de juillet, Kinshasa attend désormais des projets — fermes pilotes, systèmes d'irrigation, équipements, investissements — dont les Congolais puissent constater les effets. C'est à cette aune, et à elle seule, que ce partenariat au tempo inhabituel pourra être jugé.

Restent deux lignes de crête. La première est diplomatique : en se rapprochant si visiblement d'Israël — jusqu'à l'hypothèse d'une ambassade à Jérusalem — dans un Proche-Orient embrasé, où la guerre américano-iranienne vient de reprendre dans le Golfe, la RDC fait un choix d'alignement qui lui vaudra des dividendes à Washington et à Jérusalem, mais qu'il faudra assumer dans les enceintes africaines et multilatérales. La seconde est intérieure : la coopération sécuritaire et de défense, potentiellement la plus stratégique pour un pays en guerre, est aussi la plus opaque par nature — son contenu, son coût et ses contreparties mériteront d'être documentés. La diplomatie du résultat que revendique le chef de l'État se jugera aussi à cette transparence-là.

⏳ À suivre

Le contenu détaillé des accords et mémorandums évoqués ; le calendrier d'ouverture d'une ambassade d'Israël à Kinshasa et la décision congolaise sur le transfert de sa représentation à Jérusalem ; les premiers projets concrets (agriculture, eau, technologies, sécurité) ; et la traduction éventuelle de la coopération dans le dossier du corridor de Lobito.