C'est un seuil que personne n'espérait voir franchi. Avec 3 532 cas confirmés et 1 556 décès selon les données publiées vendredi 31 juillet par les autorités congolaises, la flambée d'Ebola qui frappe l'est de la République démocratique du Congo est désormais la deuxième plus importante jamais enregistrée dans le monde. L'Organisation mondiale de la santé, qui s'appuie sur des données arrêtées à une date légèrement différente, fait pour sa part état de 3 553 cas et d'au moins 1 558 morts.
au 31 juillet 2026
imputés à la maladie
touchées
Le chiffre prend toute sa mesure quand on le compare. L'épidémie de 2018-2020, jusqu'ici la plus meurtrière de l'histoire congolaise, avait recensé environ 3 500 malades et près de 2 300 décès — en près de deux ans. L'épidémie actuelle a dépassé ce total de cas en deux mois et demi.
L'essentiel
- 3 532 cas et 1 556 décès selon le bilan officiel du 31 juillet 2026
- Deuxième plus grande épidémie d'Ebola jamais enregistrée au monde
- Progression la plus rapide de l'histoire de la maladie
- Cinq provinces touchées : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uélé et Tshopo
- Souche Bundibugyo, pour laquelle il n'existe ni vaccin ni traitement homologué
Une souche contre laquelle rien n'est homologué
La virulence de cette dix-septième épidémie congolaise tient d'abord à la nature du virus en cause. Les précédentes flambées étaient très majoritairement dues au virus Ebola Zaïre, contre lequel des vaccins et des traitements ont été développés et validés au fil des vingt dernières années.
Celle-ci est provoquée par le variant Bundibugyo, une espèce nettement plus rare — et pour laquelle aucun vaccin ni traitement n'est à ce jour homologué. Les équipes de riposte se retrouvent ainsi privées des outils qui avaient permis, lors des épisodes précédents, de protéger les soignants et les contacts des malades.
S'ajoute un retard initial : déclarée officiellement le 15 mai, l'épidémie couvait depuis plusieurs semaines. Les premières contaminations sont désormais situées en janvier ou février, dans la localité minière de Mongbwalu, en Ituri. Ce délai de détection a laissé au virus le temps de circuler avant toute mesure de contrôle.
Une riposte entravée par les armes
Le second facteur est géographique et sécuritaire. L'épicentre se situe en Ituri, province qui concentre près de neuf cas confirmés sur dix, dans une région où les conflits armés déplacent les populations et fragilisent chaque maillon de la riposte.
Le 15 juillet, une partie du centre de traitement Ebola de Nyakunde, dans le territoire d'Irumu, a été vandalisée par des manifestants après le décès d'une patiente à l'hôpital général de la localité. L'incident a conduit plusieurs organisations internationales — dont l'OMS, Africa CDC, Samaritan's Purse et Mercy Corps — à suspendre temporairement leurs activités dans la zone, perturbant la surveillance épidémiologique, le traçage des contacts et l'acheminement des fournitures.
À ces violences s'ajoutent les mouvements de grève de personnels soignants réclamant le paiement de leurs salaires, en pleine urgence sanitaire, et le nombre de soignants eux-mêmes emportés par la maladie, qui se compte par dizaines.
L'inquiétude autour de Kisangani
La confirmation de cas à Kisangani, chef-lieu de la Tshopo, a ouvert un autre front d'inquiétude. La ville est l'un des principaux nœuds de transport du bassin du Congo : une circulation durable du virus sur l'axe fluvial rapprocherait l'épidémie de centres urbains bien plus vastes et bien plus difficiles à protéger.
C'est ce qui a conduit la Première ministre Judith Suminwa Tuluka à se rendre sur place aux côtés des coordonnateurs onusiens, pour renforcer le dispositif dans la province.
Ce qu'il faut savoir pour se protéger
Les symptômes apparaissent entre 2 et 21 jours après l'exposition : fièvre brutale, fatigue intense, douleurs musculaires et maux de tête, puis vomissements et diarrhée.
La transmission se fait uniquement par contact direct avec les liquides biologiques d'une personne malade ou décédée — jamais par l'air. Les soins à domicile et les toilettes funéraires concentrent l'essentiel des contaminations.
En cas de fièvre dans une zone touchée, alertez immédiatement le centre de santé le plus proche sans attendre l'aggravation. Les soins précoces augmentent nettement les chances de survie.
Pour mémoire, l'épidémie la plus meurtrière de l'histoire d'Ebola reste celle qui a frappé l'Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016, avec plus de 11 000 décès pour quelque 28 000 cas. Elle avait mis environ huit mois à franchir le seuil des mille morts. L'épidémie congolaise actuelle l'a atteint en moins de deux mois et demi.
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