L’armée congolaise a pris la parole. Dans un communiqué officiel transmis ce jeudi, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dressent un tableau de la situation sécuritaire dans l’est du pays. Le constat est sombre. La coalition RDF/AFC-M23 ne marque pas de pause. Les ADF continuent de tuer. Et pourtant, l’armée jure de tenir.


Nord-Kivu, Fizi, Uvira : la coalition RDF/M23 ne désarme pas

Des offensives poursuivies malgré les accords

Le communiqué est explicite. La coalition RDF/AFC-M23 continue ses actions hostiles dans plusieurs localités du Nord-Kivu. Elle s’en prend également aux hauts plateaux de Fizi et d’Uvira, au Sud-Kivu.

Ces offensives provoquent des pertes humaines, des déplacements massifs de populations et d’importants dégâts matériels. Autrement dit, les mêmes conséquences que depuis quatre ans. La même logique de terrain qui ignore les processus diplomatiques en cours.

Pour les FARDC, ces actes témoignent d’une volonté claire : maintenir une pression permanente sur les populations civiles et sur les dispositifs de défense gouvernementaux.

Des drones sur l’aéroport de Kisangani

L’information la plus grave du communiqué concerne Kisangani. L’armée congolaise affirme que la coalition RDF/AFC-M23 a eu recours à plusieurs reprises à des drones pour viser l’aéroport international de Bangoka, dans la province de la Tshopo.

C’est une escalade. Kisangani se trouve à plusieurs centaines de kilomètres des zones de contrôle habituelles du M23. Cibler son aéroport international à coups de drones, c’est frapper au cœur d’une infrastructure économique et humanitaire vitale pour tout l’est et le nord-est du Congo.

ADF : des civils tués dans les territoires de Beni et Mambasa

Des pygmées parmi les victimes

Dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, la guerre contre les Allied Democratic Forces (ADF) se poursuit. Malgré la pression exercée sur plusieurs fronts, ces groupes affiliés à l’État islamique continuent de tuer.

Ces derniers jours, plusieurs civils ont été tués dans les territoires de Mambasa et de Beni. Parmi les victimes figurent des membres des communautés autochtones pygmées. Une précision qui dit beaucoup sur la nature de ces attaques : les ADF ne font pas de distinction. Ils frappent les plus vulnérables.

Ituri : des incendies sur l’axe Irumu-Mungwalu

En Ituri, les FARDC affirment maintenir la situation sous contrôle dans plusieurs zones. Néanmoins, des actes de destruction ont été signalés. Sur l’axe Irumu-Mungwalu, un véhicule et plusieurs habitations ont été incendiés. Des civils sans armes, sans protection, qui voient leur maison brûler.

Violations des accords diplomatiques : l’accusation directe

Des engagements ignorés

Les FARDC ne se contentent pas de décrire la situation. Elles accusent. Selon le communiqué, la coalition RDF/AFC-M23 a violé à plusieurs reprises les engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques régionales et internationales.

Cela vise directement l’accord-cadre de Doha du 15 novembre 2025 et la déclaration de principes du 19 juillet 2025. Deux textes signés. Deux textes, selon Kinshasa, ignorés sur le terrain.

Pour l’armée congolaise, ces actes constituent de graves violations du droit international humanitaire et des droits fondamentaux des populations civiles. Une formulation juridique précise, qui ouvre la porte à des saisines internationales.

L’appel à la communauté internationale

Le communiqué s’adresse aussi à la communauté internationale. La RDC lui demande deux choses.

D’abord, condamner sans ambiguïté les actes d’agression perpétrés contre son territoire. Ensuite, renforcer les mécanismes visant à empêcher l’acquisition d’équipements militaires sophistiqués par les groupes armés. Une allégation directe : des drones, des missiles guidés Spike, des systèmes de brouillage GPS documentés par le Groupe d’experts de l’ONU — quelqu’un les a fournis.

À l’ouest, la stabilité tient

Tout ne brüle pas. Le communiqué souligne que la situation demeure maîtrisée dans les provinces du Kongo Central et dans l’ouest du pays. Les opérations de sécurisation menées en combinaison avec les autorités civiles ont permis de préserver la stabilité dans ces zones. Les dispositifs restent néanmoins opérationnels — preuve que la tension ne se dissipe pas.

« La nation ne les abandonnera jamais »

Le dernier paragraphe du communiqué s’adresse directement aux populations des zones occupées et des zones de conflit. Il est bref. Il est solennel.

« La nation ne les abandonnera jamais. »

Une promesse difficile à tenir quand les drones frappent Kisangani, quand des pygmées sont tués à Mambasa, quand les hauts plateaux du Sud-Kivu brûlent encore. Mais une promesse nécessaire. Parce que sans elle, il ne reste plus que le silence.

Les FARDC concluent sur leur détermination à poursuivre leur mission « avec professionnalisme, discipline et loyauté jusqu’au rétablissement complet de la paix ». Ce rétablissement, des millions de Congolais l’attendent depuis trop longtemps.