Dix prévenus, dont sept généraux en exercice ou à la retraite, trois colonels et un civil, comparaissent ce jeudi 4 juin 2026 devant la Haute Cour Militaire de Kinshasa dans le cadre de l'affaire RP N°060/26, introduite par l'Auditeur général, ministère public près la juridiction militaire suprême. L'affaire, qui mélange les plus hauts grades des Forces armées de la RDC à des accusations de trahison d'État, représente l'un des procès militaires les plus retentissants de l'histoire récente du Congo.

Tshiwewe Songesa : du sommet de l'armée au banc des accusés

La figure centrale du procès est le général d'armée Christian Tshiwewe Songesa, ancien chef d'état-major général des Forces armées de la RDC (FARDC) et ex-conseiller militaire du président Félix Tshisekedi. Il avait été interpellé par les services de sécurité en juillet 2025. Nommé chef d'état-major par le président Tshisekedi lui-même en octobre 2022, sa trajectoire illustre la fracture profonde qui peut survenir au sein des plus hautes institutions militaires d'un État.

Tshiwewe Songesa comparait aux côtés du général John Numbi Banza Ntambo — figure bien connue du paysage sécuritaire congolais — du général-major Maurice Nyembo Kufi, ainsi que de trois généraux de brigade : Chinyabuuma Kamukinde, John Ngoy wa Kabila et John Sangwa Muhemedi. Trois colonels — Guy Mukombozi Zahinda, Pathy Sangwa Lumbu et Christophe Tshibangu Kenge — ainsi que le civil Pascal Nyembo Muyumba complètent le groupe des prévenus.

Des charges d'une particulieré gravité

Les infractions retenues contre les dix prévenus sont multiples et d'une extrême gravité au regard du droit militaire congolais :

  • Complot et trahison — infractions les plus lourdes, passibles de la peine capitale
  • Apologie du terrorisme
  • Propagation de faux bruits de nature à troubler l'ordre public
  • Violation des consignes militaires
  • Désertion à l'étranger
  • Détention illégale d'armes et munitions de guerre
  • Incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline

Des sources bien informées avaient indiqué, dès juillet 2025, que l'arrestation de Tshiwewe faisait suite à des soupçons graves concernant son implication dans un réseau de soutien aux Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Il aurait notamment facilité l'intégration de près de 250 combattants FDLR au sein de la Garde Républicaine.

Le contexte : une armée sous haute tension

Ce procès s'inscrit dans un contexte de purge au sein des FARDC. Avant ce dossier, six autres officiers supérieurs avaient déjà été écroués à la prison militaire de Ndolo. Parmi eux figurent le lieutenant-général Franck Ntumba, ancien chef de la Maison militaire du président Félix Tshisekedi, et le général-major Christian Ndaywel.

L'affaire Tshiwewe survient dans un climat déjà tendu, marqué par la guerre dans l'est du pays menée selon Kinshasa par le Rwanda via la rébellion M23/AFC. Elle intervient aussi dans un moment où certaines voix critiquent ce qu'elles perçoivent comme une stigmatisation d'officiers issus de certaines régions du pays.

John Numbi : un prévenu sous les feux de l'histoire

La présence du général John Numbi Banza Ntambo au banc des accusés mérite une attention particulière. Ancien inspecteur général de la Police nationale congolaise (PNC) et figure incontournable de l'ère Kabila, Numbi avait été suspendu de ses fonctions en 2010 après l'assassinat du militant des droits de l'homme Fléribert Chebeya. Sa comparution dans ce procès pour complot et trahison représente un tournant supplémentaire dans un dossier qui touche aux plus hauts niveaux de l'appareil étatique congolais.

Présomption d'innocence et enjeux institutionnels

Tous les prévenus sont présumés innocents jusqu'à la décision définitive de la Haute Cour Militaire. Leurs avocats ont jusqu'ici plaider pour une instruction complète et transparente, et dénoncé pour certains des arrestations arbitraires.

Pour les observateurs institutionnels, ce procès dépasse largement la question des individus impliqués. Il s'agit d'un test pour la justice militaire congolaise et sa capacité à traiter sans biais des dossiers impliquant les plus hauts gradés de l'armée. La crédibilité de l'appareil sécuritaire congolais se joue dans le traitement transparent de ce dossier explosif.