RDC : Kabuya rejette l’idée d’un « régime de l’UDPS » et invoque la responsabilité de l’Union sacrée
La question de la responsabilité du bilan du pouvoir de Félix Tshisekedi s’invite dans le débat politique en République démocratique du Congo.
Au cours d’une matinée politique organisée vendredi 7 août 2026 au siège de l’UDPS/Tshisekedi à Kinshasa, le secrétaire général du parti présidentiel, Augustin Kabuya, a contesté l’expression « régime de l’UDPS » régulièrement utilisée par certains critiques du pouvoir.
Pour le dirigeant du parti présidentiel, la configuration actuelle des institutions ne permet pas d’attribuer exclusivement à l’UDPS les résultats, positifs ou négatifs, de la gouvernance du pays.
« J’ai des regrets quand j’entends des gens dire que le régime de l’UDPS a échoué. Ce n’est pas le régime de l’UDPS/Tshisekedi. C’est le régime de l’Union sacrée. Nous sommes dans un régime de coalition. »
Augustin Kabuya
Augustin Kabuya estime que plusieurs forces politiques participent à l’exercice du pouvoir et que la responsabilité de la gestion du pays doit donc être appréciée dans le cadre de cette coalition.
L’UDPS invoque la configuration de la majorité parlementaire
Dans une mise au point publiée à la suite des déclarations de son secrétaire général, la Cellule de communication de l’UDPS/Tshisekedi a défendu cette lecture de la gouvernance actuelle.
Le parti fait notamment référence à l’article 78 de la Constitution congolaise, qui organise les modalités de désignation du Premier ministre en fonction de l’existence d’une majorité parlementaire.
Le Président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci. Lorsqu’une telle majorité n’existe pas, une mission d’information peut être chargée d’identifier une coalition.
C’est sur cette architecture institutionnelle que l’UDPS s’appuie pour soutenir que la gestion du pouvoir ne relève pas exclusivement du parti présidentiel.
Cette argumentation constitue toutefois une interprétation politique de la configuration actuelle : l’article 78 définit le mécanisme de formation de la majorité gouvernementale, sans attribuer en lui-même la responsabilité politique du bilan à une coalition particulière.
« Ce n’est pas un aveu d’échec »
L’UDPS cherche également à éviter que cette distinction entre le parti présidentiel et l’Union sacrée soit interprétée comme une reconnaissance des difficultés du pouvoir.
Selon le parti, expliquer que plusieurs composantes politiques participent à la gouvernance ne signifie pas reconnaître un échec du pouvoir de Félix Tshisekedi.
L’UDPS estime au contraire que le bilan de l’actuelle administration doit être comparé à celui des régimes ayant précédemment dirigé la République démocratique du Congo.
Le parti affirme disposer de réalisations à mettre en avant malgré un contexte national marqué notamment par la guerre dans l’Est de la RDC.
Dans son communiqué, l’UDPS attribue cette situation sécuritaire à ce qu’elle qualifie de guerre « imposée par le pouvoir du Rwanda », reprenant ainsi la position régulièrement exprimée par les autorités congolaises sur le conflit dans l’Est.
De FCC-CACH à l’Union sacrée
La question des coalitions est au cœur de la gouvernance de la RDC depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir en janvier 2019.
À l’issue des élections de décembre 2018, le président Tshisekedi avait initialement gouverné avec une majorité parlementaire largement dominée par le Front commun pour le Congo (FCC) de son prédécesseur Joseph Kabila.
Cette configuration avait donné naissance à la coalition FCC-CACH, réunissant le FCC et le Cap pour le changement (CACH), plateforme politique de Félix Tshisekedi.
Les tensions croissantes entre les deux camps avaient cependant conduit le Chef de l’État à annoncer, en décembre 2020, la fin de cette alliance et à engager des consultations politiques.
Une nouvelle majorité parlementaire s’était ensuite constituée autour de l’Union sacrée de la Nation en 2021.
Depuis lors, cette plateforme constitue la principale coalition politique soutenant Félix Tshisekedi et regroupe de nombreux partis et regroupements représentés au Gouvernement, au Parlement et dans différentes institutions publiques.
Qui doit assumer le bilan du pouvoir ?
Au-delà de la bataille sémantique sur l’expression « régime de l’UDPS », la sortie d’Augustin Kabuya soulève une question politique plus large : celle de la responsabilité du bilan de la gouvernance actuelle.
L’UDPS conserve une position particulière au sein de la majorité puisqu’elle est le parti historique de Félix Tshisekedi et demeure directement associée à son leadership politique.
Mais le Gouvernement et les principales institutions comprennent également des responsables issus de nombreuses autres formations membres de l’Union sacrée.
Augustin Kabuya défend ainsi l’idée d’une responsabilité collective des forces politiques participant à la coalition au pouvoir.
Cette position pourrait alimenter le débat entre majorité et opposition sur le bilan du second mandat de Félix Tshisekedi, alors que les questions économiques, sociales, sécuritaires et institutionnelles occupent une place croissante dans le débat public congolais.





