Ils arrivent les uns après les autres, souvent épuisés, parfois sans armes, portant sur leurs visages les traces d'une vie dans le maquis que beaucoup n'avaient pas choisie. Entre avril et mai 2026, au moins 204 anciens combattants du M23 ont franchi le pas de la reddition dans la zone de la 34ᵉ région militaire, selon un communiqué des Forces armées de la RDC (FARDC) transmis ce jeudi à la rédaction de Congo Synthèse. Une nouvelle vague qui s'inscrit dans un phénomène de désertions progressives au sein de la rébellion, observé de façon continue depuis la fin de l'année 2025.

La troisième vague depuis novembre 2025

Ces 204 défections ne surgissent pas du néant. Elles s'inscrivent dans une dynamique plus profonde, documentée depuis plusieurs mois. En novembre 2025, une première vague de plus de 70 combattants avait été enregistrée à Walikale, avant d'être transférée vers Kisangani. Puis, entre février et mars 2026, le commandement de la 34ᵉ région avait annoncé la reddition volontaire de 263 éléments issus des rangs de l'AFC/M23, dont quatre officiers — un tournant qualifié de « significatif » par les autorités militaires. En avril, onze combattants s'étaient rendus à Bunyakiri dans le territoire de Kalehe avec cinq fusils de type AK-47, déclarant au commandant du secteur : « Nous sommes ravis de nous mettre à la disposition des forces gouvernementales. »

Au total, c'est donc plus de 500 anciens combattants du M23 qui ont rejoint le processus de démobilisation depuis la fin 2025, selon les chiffres accumulés par les communiqués de la 34ᵉ région militaire.

Lubero, Rutshuru, Masisi, Kalehe : un mouvement transprovincial

Le porte-parole de la Task Force de la 34ᵉ région militaire, le major Diéudonné Kasereka, a précisé que les 204 combattants de cette nouvelle vague provenaient principalement des territoires de Lubero, Rutshuru et Masisi au Nord-Kivu, ainsi que de Kalehe dans la province voisine du Sud-Kivu. Ils se sont présentés dans plusieurs positions militaires des FARDC, dispersées dans différents secteurs opérationnels. Certains ont remis leurs armes au moment de la reddition. D'autres sont arrivés sans équipement, ayant perdu ou abandonné leur matériel au cours de leur fuite.

Ce caractère transprovincial est un signal. Il indique que le mouvement de désertion n'est pas circonscrit à un seul front, à un seul commandant ou à une seule déroute militaire localisée. Il traverses les lignes de front, les provinces, les ethnies. Il parle d'une lassitude systémique.

Épuisés, parfois recrutés de force

La condition physique dans laquelle se présentent ces anciens rebelles dit beaucoup sur ce qu'ils ont vécu. Le major Kasereka a indiqué que « la majorité de ces combattants se trouvaient dans un état de grande précarité physique » lorsqu'ils ont quitté les rangs de la rébellion. Les témoignages recueillis font état de conditions de vie particulièrement difficiles manque de nourriture, manque de soins, exposés aux combats sans perspective de victoire. « Ces combattants ont fui les rangs des rebelles suite à la souffrance qu'ils ont connue », avait déjà explicité le major Kasereka lors des vagues précédentes.

Parmi eux, les autorités militaires ont relevé la présence d'anciens policiers et militaires des FARDC intégrés de force dans la rébellion lors des avances du M23, ainsi que de nouvelles recrues, parfois mineures, enrôlées contraintes. Ce profil composite illustre la réalité de beaucoup de ces hommes : ni des soldats convaincus de leur cause, ni des bourreaux endurci, mais des civils, des fonctionnaires, des jeunes gens pris dans l'étau d'une guerre qui les a hébergement absorbés.

La main tendue de l'armée

Face à cette dynamique, le commandement de la 34ᵉ région militaire maintient et amplifie sa politique d'ouverture. Tous les combattants reddus ont été pris en charge conformément aux procédures de démobilisation en vigueur. L'armée a assuré leur sécurité, procédé à leur enregistrement et les a placés dans des structures de transit avant examen de leur situation individuelle. Deux trajectoires sont envisagées : la réinsertion dans la vie civile pour ceux qui en font la demande, ou une intégration éventuelle dans les FARDC après vérification approfondie de leur parcours.

« Le commandement continue d'appeler les autres à venir se rendre. Ils seront bien accueillis », a réitéré le major Kasereka, maintenant le ton de la main tendue plutôt que de la menace. Ce message, répété à chaque vague, est un outil de guerre psychologique autant qu'une promesse concrète.

Un signal dans le contexte des négociations de Doha

Ces redditions prennent un relief particulier dans le contexte géopolitique actuel. L'accord-cadre de Doha, signé le 15 novembre 2025 entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23, et la déclaration de principes du 19 juillet 2025 avaient établi un cadre de paix. Mais les combats ont continué. Les redditions individuelles, elles, continuent aussi et dessinent une lente érosion par la base qui, au fil des mois, fragilise la capacité opérationnelle de la rébellion. Ces redditions traduisent une dynamique préoccupante au sein de la rébellion, marquée par des dissensions internes et une baisse progressive du moral des troupes.

Pour les populations de l'est de la RDC, chaque combattant qui sort du maquis est une arme de moins dans la forêt, un enfant de moins exposé aux combats, une vie qui reprend peut-être un autre chemin. L'est du Congo porte encore les cicatrices de décennies de violence. Mais chaque reddition ouvre une brèche.