Il est l'une des plumes les plus acérées de l'opposition congolaise et la voix officielle de Moïse Katumbi. Mais avant d'être l'infatigable porte-parole d'Ensemble pour la République, Olivier Kamitatu Etsu fut successivement haut fonctionnaire des finances, numéro deux d'une rébellion devenue parti, deuxième personnage de l'État pendant la transition, et ministre du Plan. Portrait d'un héritier de l'indépendance devenu l'un des visages du combat pour l'alternance.
Un héritier de l'indépendance
Olivier Kamitatu Etsu naît le 17 avril 1964 à Bruxelles, dans une famille au cœur de l'histoire congolaise. Son père, Cléophas Kamitatu Massamba, compte parmi les pères de l'indépendance : premier gouverneur de la province de Léopoldville — l'actuelle Kinshasa —, il occupe dans les années 1960 les ministères du Plan, de l'Intérieur et des Affaires étrangères, avant de revenir aux affaires dans les années 1980 et 1990. Sa mère, Marie-Josée Mafuta Mingi, fut vice-ministre de l'Éducation. Originaire du Kwilu, dans l'ancienne province de Bandundu, le jeune Kamitatu grandit ainsi entre Bruxelles et Kinshasa, dans l'ombre portée de la Première République.
En 1986, il sort diplômé de l'ICHEC de Bruxelles, spécialisé dans les problèmes économiques des pays en développement. Deux ans plus tard, il intègre l'Inspection générale des finances à Kinshasa, où il devient inspecteur des finances après son passage par l'École nationale des finances. Un profil de technocrate qui marquera durablement son style politique : celui des chiffres, des dossiers et des notes d'analyse.
Du MLC au perchoir de la transition
Le tournant survient en mai 1999 : en pleine Deuxième Guerre du Congo, Olivier Kamitatu rejoint le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, dont il devient secrétaire général. C'est à ce titre qu'il participe aux négociations du dialogue intercongolais de Sun City, qui aboutissent à l'accord global et inclusif mettant fin à la guerre.
La transition « 1+4 » lui offre son plus haut poste institutionnel : d'août 2003 à avril 2006, il préside l'Assemblée nationale de transition, devenant l'un des principaux artisans du cadre légal qui conduira aux élections historiques de 2006. À la tête du perchoir, il supervise notamment l'adoption des textes fondateurs de la Troisième République.
En 2006, à la veille des élections, Olivier Kamitatu quitte le MLC et fonde son propre parti, l'Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC), qu'il arrime à la majorité présidentielle de Joseph Kabila. Un choix qui consomme sa rupture avec Jean-Pierre Bemba et l'installe durablement dans le camp au pouvoir — jusqu'à la rupture suivante.
Ministre du Plan de Joseph Kabila
Sous la Troisième République, Olivier Kamitatu retrouve le portefeuille qui fut celui de son père : le ministère du Plan. Il l'occupe de 2007 à 2011 dans les gouvernements Gizenga puis Muzito, avant d'y revenir de décembre 2014 à septembre 2015 dans le gouvernement Matata II, avec le titre de ministre du Plan et de la Révolution de la modernité. Sur la scène internationale, il préside le Réseau libéral africain de 2012 à 2017, ancrant son positionnement dans la famille politique libérale mondiale.
Mais en septembre 2015, nouveau tournant : avec les leaders du « G7 », groupe de sept partis de la majorité, il claque la porte du camp Kabila pour s'opposer à toute prolongation du mandat présidentiel au-delà de 2016. Le G7 se choisit un champion : Moïse Katumbi, alors gouverneur du Katanga. Kamitatu ne quittera plus son côté.
La voix de Moïse Katumbi
Cofondateur en 2020 du parti Ensemble pour la République, Olivier Kamitatu en devient l'un des principaux cadres et s'impose comme le directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi. Sur le réseau X, où il est particulièrement actif, ses publications — mélange de données chiffrées, d'ironie et de formules ciselées — sont devenues l'un des marqueurs du débat politique congolais.
En mai 2026, il frappe les esprits avec une analyse sur le « boom minier » : entre 2019 et 2026, la RDC a extrait près de 20 millions de tonnes de cuivre pour une valeur estimée entre 180 et 200 milliards de dollars, sans que la population, déplore-t-il, n'en ressente les retombées. Le mois suivant, il fustige les propos tenus par le président Félix Tshisekedi contre son prédécesseur Joseph Kabila, y voyant une dégradation de la fonction présidentielle. Et en août 2026, alors que le débat sur le référendum constitutionnel domine l'actualité, il appelle le pouvoir à transformer ses annonces de décrispation « en engagements vérifiables ».
Pendant près d'un an, Olivier Kamitatu s'est retrouvé dans l'impossibilité de voyager : son passeport diplomatique confisqué à l'aéroport de N'djili par des agents de la Direction générale de migration, son passeport ordinaire expiré. Le 8 août 2026, un passeport lui est finalement remis — il est le premier du camp Katumbi à recouvrer ses documents de voyage, dans un contexte présenté par le pouvoir comme une volonté de décrispation politique.
Chronologie : les dates clés d'un parcours
Naissance à Bruxelles, fils de Cléophas Kamitatu, l'un des pères de l'indépendance congolaise.
Diplôme de l'ICHEC à Bruxelles, puis entrée à l'Inspection générale des finances à Kinshasa.
Rejoint le MLC de Jean-Pierre Bemba, dont il devient secrétaire général et négociateur à Sun City.
Président de l'Assemblée nationale de transition, deuxième personnage de l'État.
Rupture avec Bemba. Fondation de l'ARC, ralliée à la majorité présidentielle de Joseph Kabila.
Ministre du Plan (gouvernements Gizenga, Muzito, puis Matata II). Président du Réseau libéral africain de 2012 à 2017.
Quitte la majorité avec le G7 pour s'opposer à un maintien de Kabila au-delà de 2016. Ralliement à Moïse Katumbi.
Cofonde Ensemble pour la République. Directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi.
Des tensions internes secouent Ensemble pour la République, opposant notamment Kamitatu à Salomon Kalonda, conseiller spécial de Katumbi. Une réconciliation est scellée le 29 juillet sous la médiation de Moïse Katumbi.
Après près d'un an sans documents de voyage, un passeport lui est restitué — il réclame la libération des prisonniers politiques et la fin des « harcèlements judiciaires ».
Un stratège au carrefour des époques
Le parcours d'Olivier Kamitatu épouse les grandes fractures de la politique congolaise : la rébellion devenue force politique, la transition négociée, les années Kabila, puis le grand basculement dans l'opposition. Ses détracteurs y voient l'itinéraire d'un homme d'appareil passé d'un camp à l'autre ; ses partisans, celui d'un fidèle à une ligne — celle de l'alternance et de l'État de droit — quitte à en payer le prix, comme en témoigne l'épisode de son passeport confisqué.
L'été 2026 a toutefois rappelé que sa position au sein même de son camp n'est pas exempte de turbulences : la presse congolaise s'est largement fait l'écho d'une rivalité avec Salomon Kalonda, conseiller spécial de Moïse Katumbi, ponctuée d'une réconciliation publique fin juillet sous la médiation du président du parti, puis de nouvelles secousses ayant conduit à des sanctions disciplinaires contre d'autres cadres. Des rumeurs sur son avenir au sein d'Ensemble circulent, qu'aucune annonce officielle n'est venue confirmer à ce jour.
Une chose est certaine : à 62 ans, l'héritier de Cléophas Kamitatu demeure l'un des acteurs les plus influents du débat public congolais. Dans la perspective des échéances politiques à venir et du bras de fer autour de la révision constitutionnelle, sa voix comptera parmi celles qui pèseront sur la suite de l'histoire — quel que soit le cadre dans lequel elle s'exprimera.





