Du 25 au 30 janvier 2025, Goma, capitale du Nord-Kivu et plus grande ville de l'est de la RDC, est tombée entre les mains du M23 et des Forces rwandaises de défense (RDF). C'est l'une des pages les plus sombres de l'histoire récente du Congo — et un tournant décisif dans le conflit qui déchire l'est du pays depuis 2021.
La ville encerclée depuis des mois
La chute de Goma n'était pas une surprise pour les observateurs militaires. Depuis fin 2024, le M23 avait progressivement resserré son étau autour de la ville. Entre avril et novembre 2024, le groupe avait étendu son contrôle territorial de 30%. En janvier 2025, les routes d'accès à Goma étaient coupées une à une. La ville était encerclée depuis près d'un an, les combats autour de Sake et Kibumba s'intensifiaient depuis des semaines.
La chronologie de la chute
Le 23 janvier, le M23 coupe la dernière route reliant Goma au reste du territoire congolais. La ville est isolée. Le 25 janvier, les premiers combattants du M23 atteignent les faubourgs nord de Goma. Les FARDC, aidées des Casques bleus de la MONUSCO, de la SADC et des milices Wazalendo, tentent de tenir une ligne défensive au nord de la ville. L'attaque initiale est contenue.
Le 26 janvier, le M23 et les RDF percent la ligne de défense et entrent dans la ville. Les combats se poursuivent dans les rues le 27 janvier. Le M23 atteint le centre-ville. L'AFC revendique la capture de Goma et demande aux FARDC de se rendre. Dans la nuit du 26 au 27 janvier, les combats menés avec des armes lourdes, des drones et des systèmes de guerre électronique aboutissent à la prise effective de la ville. Au 29 janvier, le M23 contrôle la majeure partie de Goma.
Le bilan humain
Le 3 février, l'ONU rapporte qu'au moins 900 personnes ont été tuées lors du siège. Des cas d'exécutions sommaires, de violences sexuelles et de destruction de camps de déplacés sont documentés. 20 casques bleus de la MONUSCO ont été tués. Plus de 2 000 soldats et policiers congolais ont capitulé ou fait défection. Des mercenaires roumains comptent parmi les prisonniers. La prise de Goma a provoqué le déplacement de 237 000 personnes supplémentaires, s'ajoutant aux 4,6 millions de déplacés déjà présents dans les Kivu.
La réaction internationale
La chute de Goma provoque une onde de choc internationale. La RDC accuse le Rwanda d'« agression frontale » et ordonne l'expulsion des diplomates rwandais de Kinshasa. L'ONU convoque une réunion d'urgence du Conseil de sécurité. Le 21 février 2025, le Conseil de sécurité adopte à l'unanimité une résolution condamnant l'offensive et appelant au retrait des forces étrangères.
Un an après : Goma toujours sous occupation
En janvier 2026, un an après sa chute, Goma reste sous contrôle du M23. La ville est paralysée, ses habitants dispersés. L'AFC/M23 a mis en place une administration parallèle, fermé les camps de déplacés en périphérie et forcé les populations à rentrer dans leurs villages. Les efforts diplomatiques — accord de Washington (juin 2025), processus de Doha — n'ont pas encore abouti à un retrait des forces rebelles.




