Washington vient d'envoyer un signal fort à tous les belligérants de l'est du Congo. Ce mardi 2 juin 2026, le Trésor américain a désigné deux hauts commandants de groupes armés actifs dans l'est de la République démocratique du Congo — l'un issu des rangs des FDLR, l'autre du M23. Une double frappe diplomatique qui illustre la volonté de l'administration Trump de tenir les deux camps pour responsables des violences qui perdurent dans la région des Grands Lacs, même après la signature des accords de Washington.

Kubwayo, le chef des opérations spéciales des FDLR dans le viseur

Le premier à tomber sous le coup des sanctions est Gustave Kubwayo, commandant d'une unité de renseignement et d'opérations spéciales des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). L'Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor américain l'a désigné ce jour.

Les FDLR, fondées en 2000 par des rescapés des ex-Forces armées rwandaises et des miliciens Interahamwe impliqués dans le génocide de 1994, restent l'un des groupes armés les plus meurtriers actifs dans le Nord et le Sud-Kivu. Le groupe est déjà désigné par les États-Unis et l'ONU. Dans le communiqué du département d'État, Washington évoque les violences ethniques perpétrées contre les civils, l'utilisation d'enfants soldats, les violences sexuelles et les attaques transfrontalières qui continuent de menacer la sécurité du Rwanda. La désignation de Kubwayo vient cibler spécifiquement la capacité opérationnelle et de renseignement du groupe.

Nzenze, le chef du renseignement du M23 sanctionné

La deuxième désignation vise John Imani Nzenze, chef du renseignement du Mouvement du 23 mars (M23). Le colonel Nzenze occupe une fonction dirigeante au sein du M23 et contribue à planifier, diriger ou commettre des actes constituant de graves violations des droits de l'homme en RDC. L'Union européenne l'avait déjà sanctionné en mars 2025. Cette nouvelle désignation américaine renforce l'étau international autour de l'appareil de renseignement du M23.

Washington le tient pour responsable de meurtres, de graves violations des droits de l'homme et d'attaques contre des civils dans l'est de la RDC. En visant le chef du renseignement plutôt que les commandants militaires — déjà sanctionnés pour la plupart — les États-Unis s'attaquent cette fois à la capacité d'anticipation et de ciblage du groupe armé.

Ce que signifient concrètement ces sanctions

En vertu de ces désignations, les avoirs des deux individus relevant de la juridiction américaine sont gelés. Les ressortissants et entreprises américains ont l'interdiction formelle d'effectuer des transactions avec eux. Ces mesures, prises en application de l'Executive Order 13413 relatif aux situations d'urgence en RDC, s'ajoutent à un arsenal de sanctions déjà impressionnant visant les deux groupes armés et leurs soutiens.

Scott Bessent et la doctrine Trump sur le Congo

« Le président Trump a clairement indiqué qu'il est urgent de résoudre le conflit horrible qui ravage l'est de la République démocratique du Congo, et les États-Unis sont résolus à favoriser la paix et la prospérité dans la région », a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent dans le communiqué officiel. Il a ajouté que « les violences persistantes des groupes armés aggravent une crise humanitaire déjà désastreuse et représentent une menace pour les intérêts américains dans la région ».

Ces sanctions s'inscrivent dans une politique de pression soutenue de l'administration Trump sur tous les acteurs du conflit. Le 2 mars 2026, Washington avait déjà sanctionné les Forces de défense rwandaises (FDR) en tant qu'institution ainsi que quatre officiers supérieurs, dont le général Vincent Nyakarundi, chef d'état-major de l'armée de terre rwandaise. Ce faisant, les États-Unis avaient franchi un cap en ciblant non plus seulement des individus mais une structure étatique entière.

Les accords de Washington et Doha : le cadre imposé par Trump

Le communiqué du département d'État est explicite : ces sanctions ont pour but de contraindre « toutes les parties à respecter leurs engagements pris dans le cadre des accords historiques de Washington pour la paix et la prospérité et du Cadre de Doha ». Ces deux instruments diplomatiques, signés respectivement le 27 juin 2025 et le 19 juillet 2025, constituent le socle de l'architecture de paix promu par l'administration américaine dans la région.

La désignation simultanée d'un commandant FDLR et d'un commandant M23 n'est pas anodine. Elle signifie que Washington entend maintenir une pression symétrique sur les deux principales forces belligérantes, évitant ainsi d'être perçu comme prenant parti pour l'une ou l'autre. Un équilibre diplomatique délicat, dans un conflit où le Rwanda — alléguément soutenu par les États-Unis sur d'autres dossiers — est simultanément dans le collimateur de Washington pour son soutien au M23.

Un bilan qui s'alourdit pour le M23

La désignation de Nzenze porte à un niveau encore plus élevé la pression internationale sur le M23. Selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation de l'Université de New York, treize dirigeants militaires et politiques du M23 font désormais l'objet de sanctions internationales prononcées par l'ONU, les États-Unis et l'Union européenne. Le chef d'état-major Sultani Makenga figure sous le coup de ces trois régimes de sanctions depuis 2012. Le paysage sanctionnel qui entoure le groupe armé n'a jamais été aussi dense.