Deux jours après la déclaration du camp de Joseph Kabila, la réponse est venue de l'autre bord. Lors d'une matinée politique organisée à Kinshasa le lundi 3 août 2026 autour du thème « De quoi demain sera-t-il fait ? », le député national Lambert Mende Omalanga, président de la Convention des Congolais unis (CCU), a posé des critères d'exclusion à un éventuel dialogue national.

L'essentiel

  • Lambert Mende s'oppose à la participation de personnes condamnées ou sanctionnées pour coalition avec l'agresseur
  • Il vise également les membres de groupes armés qui ne s'en désolidariseraient pas officiellement
  • Ces critères écarteraient de fait les figures que le camp Kabila veut voir à la table
  • Le député siège dans l'Union sacrée, la majorité présidentielle, depuis 2021
  • Trois conceptions inconciliables du dialogue s'affrontent désormais publiquement

Deux catégories à écarter

L'ancien ministre de la Communication et des Médias distingue deux profils qui ne devraient pas, selon lui, être admis aux discussions.

  1. Les personnes condamnées ou sanctionnées

    Celles qui font l'objet de condamnations judiciaires ou de sanctions internationales pour coalition avec ce qu'il désigne comme l'agresseur ne devraient pas siéger à la table des discussions.

  2. Les membres de groupes armés non désolidarisés

    Les responsables de mouvements actifs aux côtés des forces qu'il qualifie d'occupation ne pourraient participer qu'à condition de rompre officiellement et publiquement avec ces mouvements.

Ces deux catégories devraient, selon lui, être non éligibles au dialogue intuitu personae — c'est-à-dire à titre personnel.

« Les mêmes causes produiront les mêmes effets. » — Lambert Mende Omalanga, 3 août 2026

Lors de la même intervention, le député a par ailleurs réaffirmé son soutien à la possibilité de réviser la Constitution, estimant que la Loi fondamentale ne saurait être tenue pour un texte intangible, et déclaré que tant que durerait l'agression, le chef de l'État resterait en fonction.

Qui ces critères écarteraient-ils ?

Lambert Mende n'a cité aucun nom. Mais l'application de ses critères ne laisse guère de place à l'interprétation : plusieurs médias congolais y ont lu une allusion à l'ancien président Joseph Kabila et à l'ancien président de la CENI Corneille Nangaa, aujourd'hui coordonnateur de l'Alliance Fleuve Congo, tous deux visés par des procédures judiciaires et des mesures de sanctions.

Une réponse en creux au 1er août. Deux jours plus tôt, le Mouvement Sauvons la RDC, plateforme dirigée par Joseph Kabila, avait posé sept conditions à sa participation — dont la levée des condamnations qu'il juge injustes et des interdictions frappant les formations politiques. Les critères énoncés par Lambert Mende reviennent à opposer une fin de non-recevoir à cette demande : là où un camp exige la levée des sanctions comme préalable, l'autre en fait un motif d'exclusion.

D'où parle Lambert Mende

La trajectoire de l'auteur de ces propos éclaire leur portée. Porte-parole du gouvernement pendant une douzaine d'années sous la présidence de Joseph Kabila, Lambert Mende a rallié l'Union sacrée, la majorité présidentielle de Félix Tshisekedi, en 2021. Il s'exprime donc depuis le camp au pouvoir, et non comme un observateur extérieur au débat.

Ses positions récentes ont d'ailleurs suscité des remous jusque dans son propre parti : en juillet, le secrétaire national de la CCU a démissionné en critiquant publiquement ce qu'il a décrit comme des revirements. Le PPRD, formation de Joseph Kabila, avait de son côté réagi à ses déclarations en estimant que les changements de camp ne trompaient personne.

Trois conceptions du dialogue, trois camps

À ce stade, le débat congolais ne porte plus sur l'opportunité d'un dialogue — que presque tous acceptent en principe — mais sur une question plus simple et plus bloquante : qui s'assoit à la table.

Ligne de l'exclusion

Condamnés et sanctionnés pour coalition avec l'agresseur écartés à titre personnel. Position défendue par Lambert Mende et une partie de la majorité.

Inclusion sous médiation externe

Toutes les parties réunies, médiation neutre, assises dans un pays tiers, levée préalable des condamnations. Position de Sauvons la RDC.

Inclusion sous institutions

Dialogue sur le territoire national, conduit par les institutions, sans remise en cause de celles issues des élections. Position d'Ensemble pour la République.

D'autres voix expriment des positions voisines de l'une ou l'autre. Certains acteurs politiques estiment qu'aucun dialogue ne sera inclusif sans la participation de l'ancien président et de la rébellion. Des représentants de la société civile affirment à l'inverse s'opposer à toute discussion avec les figures citées.

Ce qu'il faut surveiller

  • La feuille de route — annoncée depuis l'annonce du dialogue à la mi-juillet, elle devra trancher la question des participants.
  • La position du médiateur — les confessions religieuses, chargées d'accompagner le processus, n'ont pas arbitré publiquement entre les deux lignes.
  • Le sort du référendum — la loi référendaire validée fin juillet reste le préalable exigé par plusieurs composantes de l'opposition.
  • L'évolution sur le terrain — à l'Est, le processus de Doha reste dans l'impasse, ce qui pèse sur toute la discussion.

Tant que la liste des participants n'est pas arrêtée, le dialogue annoncé demeure une intention. Et chaque camp semble, pour l'heure, poser des conditions que l'autre ne peut accepter.

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