Fiche d'identité
- Nom completMoïse Katumbi Chapwe
- Naissance28 décembre 1964, à Kashobwe (territoire de Kasenga, Haut-Katanga)
- SurnomsChairman · Kalapashi · Umusambashi
- PartiEnsemble pour la République, fondé en décembre 2019
- Fonction passéeGouverneur du Katanga, 2007-2015
- FootballPrésident du TP Mazembe depuis 1997
- Présidentielle 2023Deuxième, derrière Félix Tshisekedi
Origines : entre le lac Moero et l'île de Rhodes
Moïse Katumbi Chapwe naît le 28 décembre 1964 à Kashobwe, un village du territoire de Kasenga, sur les rives du lac Moero, dans l'actuel Haut-Katanga. Sa trajectoire familiale explique en partie l'ampleur des controverses qui l'accompagnent.
Sa mère, Virginie Chapwe Mwenda, est issue d'une lignée royale bemba : elle est la fille du prince Mukobe Katumbi. C'est de ce côté que viennent ses surnoms en cibemba, sa langue maternelle — Kalapashi et Umusambashi.
Son père était un juif séfarade originaire de l'île de Rhodes, qui fuit la persécution nazie dans les années 1930 et s'installe au Congo. Rhodes étant alors sous administration italienne, certaines sources le désignent comme italien, d'autres comme grec — les deux qualifications renvoient à la même réalité historique.
La question de la nationalité
Cette ascendance a nourri, à partir de 2016, une controverse sur la nationalité congolaise de Moïse Katumbi — la Constitution ne reconnaissant pas la double nationalité. La question a été soulevée alors qu'il venait de rompre avec le pouvoir en place et qu'il envisageait une candidature présidentielle.
L'intéressé et son entourage ont toujours affirmé sa qualité de citoyen congolais. Ses adversaires successifs ont, eux, régulièrement remis le sujet sur la table lors des échéances électorales. Il a été autorisé à se présenter à la présidentielle de 2023, où il est arrivé deuxième.
De la pêche aux mines : le parcours d'un entrepreneur
Formé à Lubumbashi puis à la mission de Kapolowe, où il obtient son diplôme d'État en pédagogie générale, Katumbi bâtit d'abord une fortune dans le commerce du poisson : il s'approvisionne sur le lac Moero et fournit notamment la Gécamines et le marché zambien.
Il élargit ensuite ses activités au transport, à l'agriculture, à l'hôtellerie et à l'immobilier. En 1997, il fonde la Mining Company Katanga (MCK), spécialisée dans les services aux exploitations de cuivre et de cobalt. L'entreprise est cédée en 2015 au groupe Necotrans.
Le TP Mazembe, ou la popularité par le football
du club
sous sa présidence
des clubs
privé du club
C'est par le football que Katumbi devient une figure populaire bien au-delà du Katanga. Il prend en 1997 la présidence du Tout Puissant Mazembe, club de Lubumbashi fondé en 1939, et le hisse au sommet du continent.
Sous sa présidence, les Corbeaux remportent la Ligue des champions de la CAF en 2009, 2010 et 2015 — portant à cinq le total du club, après les titres de 1967 et 1968. En 2010, à Abou Dabi, le TP Mazembe devient le premier club non européen et non sud-américain à atteindre la finale de la Coupe du monde des clubs, où il s'incline face à l'Inter Milan.
Katumbi dote le club d'un stade privé de plus de 18 000 places, inauguré en 2011, et d'un centre de formation. Une réussite sportive qui construit une popularité durable et lui ouvre, de fait, la scène politique nationale.
Gouverneur du Katanga (2007-2015)
Élu gouverneur du Katanga en janvier 2007 par l'assemblée provinciale, avec une large majorité, Katumbi dirige alors la province la plus riche du pays — celle du cuivre et du cobalt. Son bilan est diversement apprécié, mais plusieurs mesures sont régulièrement citées : la gratuité de l'enseignement public au niveau provincial, un effort en faveur de l'agriculture et de l'autosuffisance alimentaire, et une hausse des recettes fiscales de la province.
Sa gestion lui vaut une reconnaissance qui dépasse les frontières : en 2015, l'hebdomadaire britannique The Economist le décrit comme le deuxième homme le plus puissant de la RDC après Joseph Kabila, et les lecteurs de Jeune Afrique le désignent personnalité de l'année.
La rupture de 2015 et les années d'exil
Le 29 septembre 2015, Katumbi démissionne de son poste de gouverneur et quitte le PPRD, le parti de Joseph Kabila, dont il avait été l'un des soutiens. Le motif de la rupture est le débat sur un troisième mandat présidentiel — un débat qu'il retrouvera, dix ans plus tard, dans un autre camp.
S'ensuivent des poursuites judiciaires qu'il dénonce comme un harcèlement destiné à l'écarter de la course présidentielle, puis un exil en Europe qui durera trois ans. Il rentre au pays le 20 mai 2019, quelques mois après l'élection de Félix Tshisekedi.
Ensemble pour la République : allié, puis opposant
En décembre 2019, il fonde Ensemble pour la République, avec Pierre Lumbi comme secrétaire général. Fin 2020, après la rupture entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, sa formation rejoint la majorité présidentielle — et plusieurs de ses cadres entrent au gouvernement.
L'alliance ne dure que deux ans. En 2023, Katumbi quitte l'Union sacrée et déclare sa candidature à la présidentielle. Ses ministres démissionnent du gouvernement.
Cette séquence est endeuillée par la mort de Chérubin Okende Senga, porte-parole du parti et ancien ministre, retrouvé mort par balles le 13 juillet 2023. Katumbi réclame alors une enquête internationale.
À la présidentielle de décembre 2023, il arrive deuxième, loin derrière le président sortant, et conteste les résultats du scrutin.
Aujourd'hui : l'opposition depuis l'étranger
Katumbi vit de nouveau hors du pays, et son parti s'organise depuis l'Europe. Son cabinet est dirigé par Olivier Kamitatu, également porte-parole du mouvement.
Depuis 2025, il a fait de l'opposition au projet de révision constitutionnelle son principal cheval de bataille, invoquant l'article 64 de la Constitution, qui reconnaît à tout Congolais le devoir de faire échec à quiconque prendrait le pouvoir par la force.
Un dialogue, deux visions
Sur le dialogue national annoncé en juillet 2026, la position de Katumbi se distingue nettement de celle des autres composantes de l'opposition. Il en salue le principe, mais pose des conditions qui sont l'inverse de celles du camp de Joseph Kabila : selon lui, le dialogue ne doit pas remettre en cause les institutions issues des élections, doit se tenir sur le territoire national et sous la conduite des institutions de la République.
Une opposition qui n'est pas un bloc. Là où le Mouvement Sauvons la RDC réclame une médiation neutre et des assises dans un pays tiers, Ensemble pour la République défend un processus congolais, conduit à Kinshasa par les institutions existantes. Cette divergence explique en partie la difficulté à constituer un front commun face au pouvoir — même lorsque les deux camps s'accordent, comme dans leur déclaration conjointe de mai 2026 avec Martin Fayulu et Delly Sesanga, sur la nécessité d'un dialogue.
Les dates à retenir
- 1964Naissance à Kashobwe, dans le territoire de Kasenga
- 1997Fonde la MCK et prend la présidence du TP Mazembe
- 2007Élu gouverneur du Katanga
- 2010Le TP Mazembe en finale de la Coupe du monde des clubs
- 2015Démission du gouvernorat et rupture avec le PPRD, puis exil
- 2019Retour au pays le 20 mai, création d'Ensemble pour la République en décembre
- 2020Ralliement à la majorité présidentielle
- 2023Rupture, candidature, mort de Chérubin Okende, deuxième à la présidentielle
- 2026Opposition frontale au projet de révision constitutionnelle





