Fiche d'identité
- Nom completJoseph Kabila Kabange
- Naissance4 juin 1971, dans le Sud-Kivu
- FiliationFils de Laurent-Désiré Kabila, président de 1997 à 2001
- Président de la RDCDe janvier 2001 à janvier 2019
- Parti fondéPPRD — Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (2002)
- Situation actuelleHors de la RDC depuis 2023 ; dirige le Mouvement Sauvons la RDC
- Procédures en coursCondamné à mort par contumace en septembre 2025 ; sanctionné par les États-Unis en avril 2026
Un accès au pouvoir dans l'urgence
Joseph Kabila Kabange naît le 4 juin 1971 dans le Sud-Kivu, alors que son père Laurent-Désiré Kabila mène une rébellion contre le régime de Mobutu depuis les maquis de l'Est. Il grandit en partie en Tanzanie, reçoit une formation militaire — notamment en Chine — et occupe des fonctions dans l'armée après l'arrivée de son père au pouvoir en 1997.
Le 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné au Palais de marbre à Kinshasa. Dix jours plus tard, à vingt-neuf ans, Joseph Kabila prête serment comme chef de l'État. Le pays est alors coupé en deux par la deuxième guerre du Congo, avec plusieurs armées étrangères sur son territoire.
Les accords de paix et la Constitution de 2006
La première partie de son mandat est marquée par la sortie de guerre. Le Dialogue inter-congolais, conclu à Sun City en 2002, aboutit à un accord global mettant fin au conflit et instaurant un gouvernement de transition avec quatre vice-présidents. Les armées étrangères se retirent progressivement.
Suit le chantier institutionnel. La Constitution du 18 février 2006 est adoptée par référendum. Elle instaure un régime semi-présidentiel, limite le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une fois, et découpe le pays en provinces. C'est ce texte qui encadre encore aujourd'hui la vie politique congolaise — et dont le débat sur la révision agite le pays.
à 29 ans
libres depuis 1960
au pouvoir
pacifique du pays
En 2006, la RDC organise ses premières élections pluralistes depuis l'indépendance. Joseph Kabila l'emporte au second tour face à Jean-Pierre Bemba, dans un scrutin dont le résultat est contesté mais globalement validé par les observateurs internationaux. Il est réélu en 2011 lors d'un scrutin dont la crédibilité est en revanche largement mise en cause, y compris par la mission d'observation de l'Union européenne.
Le « glissement » et la crise de fin de mandat
Son second mandat devait s'achever en décembre 2016. Les élections n'ont pas lieu. Cette période, que les Congolais désignent sous le terme de « glissement », se prolonge sur deux ans et suscite des manifestations réprimées, une médiation de la Conférence épiscopale nationale et une crise politique majeure.
Joseph Kabila renonce finalement à briguer un troisième mandat — que la Constitution interdit — et désigne Emmanuel Ramazani Shadary comme candidat de sa coalition. Le scrutin du 30 décembre 2018 donne la victoire à Félix Tshisekedi.
Une transition sans précédent. Le 24 janvier 2019, Joseph Kabila remet le pouvoir à son successeur. C'est la première fois depuis l'indépendance de 1960 qu'un président congolais cède la place à un autre par la voie des urnes, sans coup d'État ni décès. Les résultats du scrutin ont été contestés — notamment par la CENCO, qui affirmait disposer de chiffres différents — mais le transfert lui-même s'est déroulé pacifiquement.
De l'alliance à la rupture avec Félix Tshisekedi
Le départ du pouvoir ne signifie pas le départ de la scène. Sa coalition, le Front commun pour le Congo, dispose de la majorité au Parlement, et un accord de gouvernance FCC-CACH encadre les deux premières années du mandat de son successeur.
L'attelage se défait fin 2020. Félix Tshisekedi met fin à la coalition, constitue l'Union sacrée en ralliant des cadres du FCC, et reprend la main sur l'Assemblée nationale. Joseph Kabila, qui conserve son statut de sénateur à vie attaché aux anciens chefs d'État, se retire progressivement de la vie publique et quitte le territoire congolais en 2023.
Le retour de Goma et la rupture ouverte
Le 29 mai 2025, quelques mois après la prise de Goma par l'AFC/M23, Joseph Kabila réapparaît publiquement dans la capitale du Nord-Kivu, passée sous contrôle de la coalition rebelle. Il y prononce une allocution dans laquelle il se déclare ouvertement opposant au régime en place tout en se disant prêt à jouer un rôle pour son pays.
Cette apparition marque un basculement. Elle est suivie de l'ouverture, en juillet 2025, d'un procès devant la Haute Cour militaire de Kinshasa.
Condamnation et sanctions : ce qui est établi
30 septembre 2025. La Haute Cour militaire condamne Joseph Kabila à la peine de mort par contumace pour trahison, crimes de guerre et participation à un mouvement insurrectionnel, ainsi qu'au versement de 29 milliards de dollars de dommages et intérêts à l'État congolais et de 2 milliards à chacune des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, parties civiles. Il était absent et ne s'était pas fait représenter par un avocat.
30 avril 2026. Le Trésor américain l'inscrit sur la liste SDN de l'OFAC, gelant ses avoirs éventuels aux États-Unis. Washington l'accuse d'être revenu en RDC pour déstabiliser le gouvernement, d'avoir soutenu financièrement l'AFC/M23 et encouragé des défections au sein des FARDC. Kinshasa a salué une mesure restreignant les capacités de mobilisation financière de la rébellion.
Sa réponse. Joseph Kabila a dénoncé une décision « injustifiée » et affirmé sa détermination à poursuivre son action contre ce qu'il qualifie de dictature.
Les critiques du procès. Human Rights Watch a qualifié la condamnation de règlement de comptes politique, rappelant que le moratoire congolais sur la peine de mort avait été levé en mars 2024 et appelant Kinshasa à y renoncer. Le procès s'est déroulé sans défense, et les parties civiles y avaient contesté jusqu'à l'identité de l'accusé.
Sauvons la RDC : l'opposition depuis l'étranger
Joseph Kabila dirige aujourd'hui le Mouvement Sauvons la RDC, plateforme politique née à Nairobi. Son secrétariat technique est coordonné par Me Moïse Nyarugabo Muhizi.
Le mouvement s'est exprimé le 1er août 2026 sur le dialogue national annoncé mi-juillet, posant sept conditions à sa participation : médiation neutre appuyée par l'Union africaine et les Nations unies, assises dans un pays tiers, inclusivité sans exclusion, abandon préalable de tout projet de référendum constitutionnel, et mesures de décrispation politique incluant la levée des condamnations qu'il juge injustes.
Le dialogue ne peut être conduit par une partie à la crise ; les condamnations et sanctions sont politiques et doivent être levées avant toute discussion ; la limitation des mandats présidentiels est intangible.
Les décisions de justice et les sanctions internationales sanctionnent une collusion avec l'agresseur ; les personnes concernées ne sauraient être admises au dialogue, position notamment défendue par le député Lambert Mende.
Cette symétrie explique l'impasse actuelle : chaque camp fait de sa condition principale ce que l'autre refuse d'accorder.
Un bilan qui divise
Dix-huit années au pouvoir laissent un héritage lu de manière radicalement différente selon les interlocuteurs — et il est utile de poser les deux lectures.
Ses partisans mettent en avant la sortie de la deuxième guerre du Congo, la Constitution de 2006, l'organisation des premières élections pluralistes depuis l'indépendance, les grands chantiers d'infrastructures et une croissance économique portée par le boom minier.
Ses détracteurs pointent le « glissement » électoral, la répression de manifestations, la persistance des conflits armés à l'Est malgré des accords successifs, la faiblesse des indicateurs sociaux au regard des revenus miniers, et les enquêtes internationales sur l'enrichissement de l'entourage présidentiel.
Le paradoxe des mandats. C'est sous Joseph Kabila que la Constitution de 2006 a fixé la limitation à deux mandats présidentiels ; c'est aussi lui qui a été accusé de vouloir la contourner pendant le glissement ; et c'est aujourd'hui au nom de cette même limitation qu'il s'oppose au projet de révision porté par son successeur. La règle qu'il a fait adopter est devenue son principal argument politique.
Les dates à retenir
- 1971Naissance dans le Sud-Kivu, fils de Laurent-Désiré Kabila
- 2001Assassinat de son père le 16 janvier ; il prête serment dix jours plus tard
- 2002Dialogue inter-congolais de Sun City, fin de la deuxième guerre du Congo
- 2006Constitution adoptée par référendum ; élu au suffrage universel
- 2011Réélu lors d'un scrutin largement contesté
- 2016-2018Le « glissement » : élections reportées, crise politique
- 2019Passation de pouvoir à Félix Tshisekedi le 24 janvier
- 2020Rupture de la coalition FCC-CACH
- 2023Quitte le territoire congolais
- 2025Apparition à Goma le 29 mai ; condamnation à mort par contumace le 30 septembre
- 2026Sanctions de l'OFAC le 30 avril ; déclaration de Sauvons la RDC sur le dialogue le 1er août





